L’ESCADRE RUSSE. DE CONSTANTINOPLE A BIZERTE.
Nota : j’ai repris l’orthographe des noms des navires, écrits quelquefois d’une manière fantaisiste ou inexacte dans les CR français et autres documents, dans un but d’harmonisation et pour une meilleure compréhension.
Il y eut deux transferts de navires constituant l’Escadre russe de Constantinople — ou stationnés dans la région de Constantinople — vers Bizerte.
Le premier regroupait la plupart des bâtiments de guerre ou assimilés.
Le second concernait le tanker « Bakou », l’ex-cuirassé désarmé « Gueorguiï Pobedonossets », les contre‑torpilleurs « Gnevnyï », « Pospechnyï », « Tsérigo », ainsi que le transport « Sjegued ».
On note également l’arrivée à Bizerte du navire‑hôpital « Tssessarévitch Guéorguiï » le 5 janvier 1921, avec à son bord 447 malades et 80 membres du personnel médical.
Le présent article porte sur le premier transfert qui s’est déroulé du 8 décembre 1920 au 2 janvier 1921.
Le 30 octobre 1920, l’amiral Sabline, commandant de la flotte de la mer Noire, gravement atteint d’un cancer du foie, décède à Yalta. Pour le remplacer, le général Wrangel, Chef du Gouvernement et commandant en chef de L’Armée Russe, porte son choix sur l’amiral Kedroff, officier de marine expérimenté et spécialiste de l’artillerie navale.
Wrangel écrira dans ses mémoires que Kedroff « … avait la réputation d’un marin particulièrement intelligent, décidé et compétent. Lorsque j’ai fait sa connaissance, il m’a fait la meilleure impression. Après quelques hésitations, l’amiral fit part de son souhait d’accepter la fonction. »
Au moment où Wrangel le rappelle, Kedroff se trouve en Angleterre, où il est détaché pour organiser l’approvisionnement de l’Armée russe et coordonner les agents maritimes de Paris et de Londres. Le général ne regrettera pas ce choix. Il écrira par la suite : « Ce choix s’est avéré particulièrement heureux. L’évacuation de la Crimée, dont on ne connaît pas d’autres exemples dans l’histoire, s’est déroulée avec un succès exceptionnel, et cela est dû, dans une large mesure, à l’amiral Kedroff. »

QU’EST CE QUE L’ESCADRE RUSSE ?
Le 8 novembre 1920, l’amiral Kedroff, prévoyant l’évacuation de la Crimée et l’abandon des ports, des entrepôts et de l’école navale, publie l’ordre n° 11, qui prescrit la réorganisation de la Flotte de la mer Noire en Escadre. Il la nomme Escadre russe, s’alignant ainsi sur l’initiative du général Wrangel, lequel avait réorganisé les Forces armées du Sud de la Russie sous l’appellation d’Armée russe.
ORDRE DU COMMANDANT DE LA FLOTTE DE LA MER NOIRE N° 11
J’ordonne de réorganiser la Flotte de la mer Noire en Escadre russe et de regrouper les bâtiments en quatre détachements, comme indiqué ci‑dessous :
1er détachement (contre-amiral subordonné)
Cuirassé : « Général Alekseïev »
Croiseur : « Général Kornilov »
Croiseur auxiliaire : « Almaz »
Division de sous-marins (Chef de division : le plus ancien des commandants) : « Bourévestnik », « Outka », » « Tiouliéne », »A.G.22″
Navire servant de base aux sous-marins : transport « Dobytcha »
2e détachement (contre-amiral subordonné)
Contre-torpilleurs : « Pylkiï », »Derzkiï », « Bespokoïnyï », « Gnevnyï », « Tsérigo », « Capitaine Saken », « Jarkiï », « Jivoï »,1 « Zvonkïï », « Zorkiï », «
3e détachement (contre-amiral subordonné)
Avisos : « Straj », « Groznyï », « Yakout », « Loukoul »
Dragueurs de mines : « Albatros », « Baklane », « Kitoboï »
Navire hydrographique : « Kazbek »
Baliseur : « Vekha »
Remorqueurs : « Tchernomor », « Holland », « Belbek », « Sévastopol »
4e détachement (contre-amiral subordonné)
Brise-glaces : « Illia Mouromets », « Vsadnik », « Djiguite », « Gaïdamak »
Transports : « Rion », « Don », « Crym », « Sarytch », « Dalland », « Yalta », « Inkerman », « Ekaterinodar », « Poti », « Samara », « Chilka », « Olga », « Ostorojnyï », « Zaria », « Psezouapse », « 410 », « 411 », « 412 », « Rodosto », « Dniepr »
Navires rattachés au port russe de Constantinople : « Trébizonde », « Potchine », « Nadejda »
Remorqueurs : « Dnieprovets », « Berezane », « Ippolaï », « Skif », « Tchouroubache »
Paquebots : « Orel », « Vladimir », « Kherson », « Saratov », « Vitim »
Navires du Dobroflot : « Kolyma », « Omsk », « Irtych », Remorqueurs : « Dobrovolets », paquebots : « Alexeï Mikhaïlovitch », « Rous »
Navires de la Compagnie danubienne : « Amiral Kasherininov », « Moriak »
Et tous les petits bâtiments du Département de la Marine et des compagnies de navigation d’État qui ne sont pas mentionnés dans la composition des détachements.
Le transport‑atelier « Cronstadt » est, à tous égards, subordonné au Chef de la Base de l’Escadre russe.
Vice-amiral Kedroff2
CONTEXTE POLITIQUE DU TRANSFERT DE L’ESCADRE RUSSE A BIZERTE
La France avait reconnu le Gouvernement de la Russie méridionale (gouvernement Wrangel) en qualité de gouvernement de fait, et non comme gouvernement légitime de la Russie.
Un haut-commissaire, M. Martel, assisté du général Brousseau, fut délégué auprès de ce gouvernement. Tous deux connaissaient bien la Russie, mais les relations entre la mission française et le général Wrangel ainsi que son état-major n’étaient pas des meilleures, en raison de la présence, au sein de la délégation française, d’un officier d’origine russe, Z. A. Pechkov, frère aîné de Sverdlov et suspecté d’être révolutionnaire.
La France souhaitait se désengager de Turquie et avait prévu de fermer sa base navale de Constantinople en 1919, mais celle-ci demeura en activité en raison de la situation en Crimée. Les relations diplomatiques avec la Turquie étaient extrêmement complexes, et la France comme le Royaume-Uni ne pouvaient accepter la présence de forces armées tierces à Constantinople.
LA MARINE FRANCAISE ET LES ACCORDS ENTRE LE GOUVERNEMENTS DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE ET CELUI DU SUD DE LA RUSSIE


L’Escadre de la mer Méditerranée orientale, dont l’état-major était basé à Constantinople, était commandée par le vice-amiral de Bon.
La Division légère de croiseurs de la Méditerranée orientale était, quant à elle, commandée par le contre-amiral Dumesnil.3 Le vice-amiral de Bon et le contre-amiral Dumesnil possédaient de grandes qualités diplomatiques et jouissaient de l’estime du général Wrangel et de son état-major.
Le contre-amiral Dumesnil était bien connu des marins russes : il avait été officier de liaison auprès de la Marine russe en 1916 et 1917, et il était marié à une Russe, Véra née Fermor4.
Le 6 novembre, le contre-torpilleur français » Sénégalais « , commandé par le capitaine de frégate Théroulde, était ancré dans le port de Sébastopol. Il observait la situation et en rendait compte. Le capitaine Théroulde câbla ce jour : » L’amiral Kedroff demande la présence d’un grand navire pour calmer la population. » » La situation peut évoluer, mais je pense utile de préparer un plan d’évacuation de Sébastopol. «

Le même jour, le ministre de la Marine câbla au vice-amiral de Bon, alors à bord du cuirassé « Provence » à Constantinople : » … Aidez Wrangel à défendre la Crimée… «
Le 9 novembre, le » Sénégalais » câbla à nouveau : » Arrivée du « Waldeck-Rousseau « 5 à Sébastopol indispensable, urgent. L’évacuation de la population civile, 30 000 personnes, doit commencer immédiatement. Douze grands remorqueurs indispensables. Situation militaire grave. » 6
Le même jour, à Constantinople, l’amiral Dumesnil rencontra l’amiral anglais de Robeck pour s’enquérir de la position britannique. De Robeck déclara devoir consulter son gouvernement et exprima sa préoccupation de voir les sous-marins tomber entre les mains des bolcheviks. Dumesnil comprend alors qu’aucune aide n’est à attendre des Britanniques et part pour Sébastopol sans attendre. Il ne se trompe pas : le haut-commissaire Defrance reçoit le lendemain la réponse anglaise — neutralité absolue.7
À partir de ce moment, le contre-amiral Dumesnil prit les opérations en main. Le 11 novembre, il arriva à Sébastopol à bord du « Waldeck-Rousseau » et rencontra le haut-commissaire Martel et le général Brousseau, qui estimaient que la situation n’était pas totalement désespérée et que la ligne du Perekop pouvait encore tenir. Le même jour, le contre-amiral Dumesnil, son chef d’état-major, le capitaine de frégate Willm, ainsi que M. de Martel et le général Brousseau rencontraient le général Wrangel.

» En peu d’instants et sur quelques questions précises, le général me fit connaître que sa situation était sans espoir. Le moral des troupes restait excellent, mais elles n’étaient plus assez nombreuses, du fait des pertes subies, pour soutenir les chocs répétés des soldats rouges. L’évacuation était inévitable et il fallait l’accepter.
Devant l’importance envisagée pour cette évacuation (70 à 80 000 personnes), j’exposai au général les difficultés auxquelles il allait se heurter en arrivant à Constantinople pour les logements et les vivres.
— « Eh bien, me répondit-il, j’évacue avec mes navires et, en mer, je lance le signal de détresse S.O.S. au monde civilisé, et j’attends. »
Je l’assurai alors de tout mon concours, désireux surtout de lui faire toucher du doigt une situation très sérieuse et de lui suggérer de penser aux moyens de faire vivre tous les évacués, car il n’était pas certain que toutes les nations répondraient à son signal de détresse.
— « La France, me dit alors le général Wrangel, est le seul pays qui m’ait soutenu, et je veux me placer sous sa protection. Je ne suis d’ailleurs pas encore dénué de ressources, car ma flotte de guerre et ma flotte de commerce sont dégagées de toute charge, et je puis les mettre à votre disposition pour garantir les frais d’évacuation. »
L’offre ainsi formulée répondait trop à ma préoccupation capitale — ne pas laisser ces flottes aux mains des bolcheviks — pour que je ne la relève pas. — « Sous cette forme, dis-je au général, la question devient plus simple, et je suis prêt à en saisir le gouvernement français. » 8
Le 12 novembre, Dumesnil câble : « Prière télégraphier si approuvez mise sous pavillon français de tous les navires de guerre et de commerce, et préciser destination à leur donner. » « Je ne peux compter sur aucun concours anglais. »
Le ministre de la Marine Adolphe Landry répond : « Assurez l’évacuation. » « Acceptez de prendre livraison provisoire des navires de guerre et de commerce russes. But primordial : ne rien laisser à aucun prix aux mains des bolcheviks. »9

Georges Leygue envisageait une carrière d’officier de marine puis, sur le refus de sa mère, fait son Droit et devient avocat mais sa passion pour le Marine ne le quittera jamais.
Il est ministre de la marine dans les gouvernement Clémenceau II,Briand VII, IX, X, Poincarré IV, V, Briand XI, Tardieu I, Steeg, Herriot III, Paul-Boncour, Daladier
C’est comme ministre de la Marine que Georges Leygues est resté dans les mémoires et le tandem Leygue/de Bon, un passionné de la marine et un marin expérimenté, petit fils et arrière petit fils de corsaire10, fonctionnait bien.
M. Georges Leygues, télégraphie :
« 1. J’approuve les mesures que vous avez prises pour commencer d’extrême urgence l’évacuation en vous servant de tous les tonnages disponibles français et russe. Le gouvernement français ne peut pas abandonner le gouvernement de la Russie méridionale dans la situation critique où il se trouve placé, l’attitude de neutralité prise par les Anglais ne permettant aux Russes de ne compter que sur nous. la France ne saurait exposer au massacre des milliers de personnes sans tenter un grand effort pour les sauver.
2. J’accepte provisoirement, en principe, l’offre de cession du tonnage russe appartenant au gouvernement de la Russie Méridionale. En fait l’utilisation de ces bateaux pour l’évacuation des Russes de Crimée, civils et militaires, nous permet d’examiner de plus près les conditions de cette cession éventuelle, de la régularité de cette opération et des combinaisons pratiques pour réaliser la compensation offerte en échange des sacrifices pécuniaires considérables qui nous sont demandés. « 11
Dans le télégramme chiffré du 22 novembre 1920 le premier ministre G. Leygue précisera le statut du général Wrangel :
« En principe le gouvernement de la Russie méridionale ayant cessé en fait d’exercer son autorité sur la Crimée et les provinces du sud de la Russie (évacuées entièrement par son armée et ses fonctionnaires) a perdu, même vis-à-vis de nous, son existence qui n’ était qu’une existence de fait. Dès maintenant, le général Wrangel et ses ministres ne peuvent plus être considérés que comme des individualités. »
« Toutefois, j’estime que nous devons conserver des ménagements à l’égard du général Wrangell et ne pas faire de déclaration de principe de cet ordre pour le moment, tout en évitant de donner à notre protection un autre caractère que celui de l’humanité. »12
La France sort d’une guerre sanglante et les problèmes, de ce fait, sont nombreux et complexes. L’armée Française, constituée de militaires de métier et d’appelés, manque d’hommes et des appelés d’avant guerre, ne sont pas tous libérés en 1919 ce qui donne lieu a de nombreuses mutineries dans la flotte de La Méditerranée. Le bolchevisme est considéré comme une doctrine dangereuse qui inquiète les autorités françaises, mais le gouvernement français ne peut s’engager dans une nouvelle action militaire et va contrecarrer toute velleité d’aider l’Armée Blanche dans une quelconque opération militaire ou même de la conserver. Les points 6 et 7 du télégramme du 13 novembre de G. Leygie sont explicites :
« 6. Les suggestions du général Wrangel de transporter son armée à travers la Roumanie pour reconstituer un front combattant contre les Bolcheviks dans la région de l’Ukraine ne présentent aucune possibilité de réalisation. J’ajoute que des troupes qui, pourvu de tous les moyens matériels et protégé par les puissantes fortifications de l’isthme de Perekop on été incapable de tenir plus d’un jour serait beaucoup moins à même de continuer la lutte sur un terrain nouveau sans base et sans ravitaillement. La Roumanie ne se prêtera d’ailleurs vraisemblablement pas à une aide d’ordre militaire quelconque.
7. Dans ces conditions, il paraît impossible de maintenir de quelques manières que ce soit, l’organisation militaire du général Wrangel. Les évacués de Crimée, qu’ ils soient civils ou militaires, ne vont donc vraisemblablement représenter les uns et les autres que des réfugiés individuels. Je ne considère, en effet, pas comme plus réalisable la proposition de Monsieur Maklakoff de transporter les restes de l’armée de la Russie Méridionale en Géorgie et en Arménie pour y reprendre la lutte contre les Bolcheviks et les Kémalistes.
Je demande au commissaire à Constantinople de centraliser tous les renseignements et toutes les suggestions d’ordre pratique en même temps que toutes les mesures pour parer provisoirement aux graves problèmes posés par l’effondrement si rapide du gouvernement de la Russie Méridionale. »13
Des instructions du Gouvernement français visant la dislocation de l’Armée Blanche sont donnés par le Haut-commissaire de la République en Orient mais l’amiral de Bon émet les plus grandes réserves concernant ces instructions dans sa lettre du 9 décembre :
«Je considère que, d’une part, la dislocation de l’armée du général Wrangel est pratiquement impossible en ce moment parce que nous n’aurions aucun moyen de contenir et diriger le personnel qui constitue cette armée si nous détruisions son organisation avoir de lui avoir trouvé une destination et des emplois de nature à assurer son existence.
Il est certain, d’autre part, que faire connaître à ses 70 000 hommes la détermination du gouvernement présente le plus grand danger : découragé par cette assurance qui met en cause leur avenir, les officiers abandonneront leurs postes que l’on a déjà de la peine à leur faire conserver et l’armée se dispersera elle-même.
En conséquence, j’estime que le secret le plus absolu doit-être gardé jusqu’à nouvel ordre.
Je joins ici copie d’une lettre dans laquelle le général Wrangel appelle l’attention sur les dangers que comporterait une dispersion de son armée en ce moment. Je pense que les considérations invoquées par le Général doivent retenir notre attention. »14
LA BASE NAVALE DE BIZERTE
La France possèdait à Bizerte, point de passage obligé entre Gibraltar et Suez, une base navale stratégique. Elle disposait d’un lac d’environ 12 km de diamètre, profond de plus de 9 m, accessible aux plus grandes unités par un canal de 8 km. Ce dispositif permettait de mettre à l’abri de l’artillerie ennemie ou du mauvais temps des escadres entières.

L’arsenal de Sidi Abdallah, doté de plusieurs bassins de radoub, est situé sur ce lac. La base est protégée par de nombreux ouvrages militaires et batteries d’artillerie, ainsi que par des cantonnements inoccupés à la fin de la guerre, pouvant accueillir de nombreux marins ou réfugiés. Elle disposait également d’importantes structures médicales.

L’amiral Dumesnil connaissait bien Bizerte pour y avoir fréquemment relâché en 1914 et 1915 lorsqu’il commandait le croiseur cuirassé Latouche-Tréville. L’amiral de Bon connaissait également parfaitement les lieux, puisqu’il avait préconisé en 1891 l’emplacement du chantier naval de Sidi Abdallah.
LES DECISIONS FRANCAISE
Dès le 12 novembre, l’amiral Dumesnil proposa, dans un télégramme, de transférer à Bizerte la totalité des évacués. Il sous-estimait alors l’ampleur de l’évacuation : « Si le ravitaillement est impossible à Constantinople, je propose de les évacuer en Tunisie », écrit-il, « pour 10 000 civils, 10 000 militaires et plusieurs milliers de blessés.
Le 13 novembre, G. Leygues répondit : « L’envoi de Russes en Tunisie ou sur un autre point du territoire français me paraît se heurter à une quasi-impossibilité. »15
Vers le 18 novembre Dumesnil câble : « Acceptez-vous la flotte en gage ? Si oui, je vous propose de l’envoyer à Bizerte aussitôt que possible… » « Une excellente mesure »16, appuie le vice-amiral de Bon.
Le 22 novembre, G. Leygues écrit : « Je me propose d’examiner avec le ministre de la Marine la proposition de l’amiral Dumesnil d’envoyer les bateaux de guerre à Bizerte. »
Le ministre de la Marine confirma par télégramme N° 11 633 que le Conseil des ministres acceptait les suggestions de l’amiral de Bon. Dès réception du télégramme, l’amiral de Bon fit prendre les dispositions pour que le convoi puisse faire route à partir du 9 décembre et transmis au Ministre, le 4 décembre, un mémorandum contenant plusieurs considérations.
Il souligne notamment que les navires russes porteront à la poupe le drapeau de Saint André et au grand mât le pavillon français. « Il ne peut être question de laisser naviguer isolés des navires de guerre dans une situation aussi étrange au point de vue internationale, je me propose de les faire escorter par des bâtiments français. Je compte utiliser pour cette mission le retour en France prévu du « Quinet », du « Bar-le-Duc » et du » Tahure ». »….
Un autre remarque du vice-amiral est paticulièrement intéressante : « Bien que l’accord signé par M. Martel et l’Amiral Dumesnil avec le Génèral Wrangel spécifie que les différentes unités de la flotte militaire russe serviront de gage pour le paiement des dépenses qui incombent à la France pour venir en aide au réfugiés, ces batiments doivent, à mon avis, rester interné à Bizerte jusqu’au moment ou nous aurons repris des relations avec un gouvernement normal établi en Russie. La question de rendre à ce gouvernement sa flotte la mer Noire se posera alors. Il appartient au gouvernement de décider maintenant s’il convient en attendant ce moment, de débarquer tous les Russes et de laisser ces bâtiments désarmés et sans aucun entretien en dispersant tous les cadres de la Marine russe ou s’il est préférable de maintenir un petit noyau qui, nous conserverait une certaine reconnaissance et constituerait en Russie un foyer d’influence française. Pour ma part, je considère comme indispensable de conserver un noyau de personnel russe pour assurer l’entretien des navires et leur conservation ».
En ce qui concerne les équipages, les éléments mauvais seront éliminés avant le départ de Constantinople. Une partie des matelots ne demande qu’a rallier la Russie et reviendra très volontiers à Constantinople. Mais il y a là un danger que je dois signaler. Déjà les radios bolcheviks ont commencé à inciter les matelots russes a rallier la Crimée, c’est un indice certain du désir de soviet de jouer un rôle sur mer; les Rouges ont manifesté leur déception de voir que Wrangel avait évacué tous les personnel et le matériel maritime. La privation de ce personnel est particulièrement sensible aux Soviets pas suite de leur manque de personnel maritime. Est-il de bonne politique de notre part de favoriser le retour en Russie de ces marins qui prendront peut-être part dans quelques semaines à des opérations dirigées contre l’Entente ?
Pour les officiers, même si le gouvernement accepte d’en conserver un noyau, il y aura toujours un excédent considérable qui ne peut pour l’instant rentrer en Russie mais que je ne vois pas comment nous pourrions utiliser. En tout cas, nous ne pouvons pas les prendre à notre charge (soldes, nourriture, etc…) et nous devons les considérer comme des réfugiés ordinaires. Tout ce que l’on peut faire, c’est de les aider à trouver un emploi et en attendant de les laisser provisoirement se loger sur un navire.
La question de l’École Navale apparaît délicate ; c’est en réalité une école de Cadet comprenant des jeunes gens d’âge divers que la Marine Russe instruisait pour en faire des Officiers de Marine. Il me paraît impossible de maintenir cette école ; peut-être pourrait-on seulement chercher à élever et instruire ces jeunes gens. Toute l’organisation nécessaire pour y parvenir existe sur l’Alexeff. Il serait aisé de les y laisser vivre au moins momentanément.
C’est seulement si nous organisons mal le contrôle de tout ce personnel qu’il pourrait y avoir pour nos équipages ou les populations tunisiennes des risques sérieux de contamination bolchevique du fait du maintien à Bizerte d’un noyau d’Officiers de Marine et de leur familles, d’élève de l’Ecole Naval et de quelques marins spécialement choisis. Les officiers et les cadets sont d’opinion nettement contre-révolutionnaire.
Le navire atelier Crondstadt sera envoyé à Bizerte en même temps que la flotte et pourra ultérieurement, si on le désire, servir son entretien »….
LE RESPONSABLE FRANCAIS DU GROUPE DES NAVIRES D’ESCORTE
Le 8 décembre, le vice-amiral de Bon désigne le responsable français du groupe des navires d’escorte. Il s’agit du commandant du croiseur « Edgar Quinet » le capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars.

Il ne lui cache pas les difficultés de cette mission17 :
« Il importe donc beaucoup de conduire à bon port cet escadre qui constitue une partie importante de notre gage. C’est là une tâche délicate, car ces bâtiments sont mal entretenus manque de beaucoup de choses, et sont armés par des équipements de fortune trop riche en officier mais très pauvre en véritable marin.
Il ajoute que l’Escadre russe est sous les ordres du vice-amiral Kedroff, « jeune, énergique, qui a su jusqu’ici maintenir son autorité sur ses bâtiments.
L’Amiral Kedroff ne se dissimule pas les difficultés de cette traversée et il compte beaucoup sur son action personnelle pour arriver à mettre en route les divers groupes. Vous le rencontrerez soit à Kalamaki soit à Argostoli. »18
LE RESPONSABLE RUSSE DU TRANSFERT
Le 7 décembre 1920, le commandant de la flotte de la mer Noire, le vice-amiral Kedroff émet l’ordre de transfert de l’Escadre :
« ORDRE DU COMMANDANT DE L’ESCADRE RUSSE DU 7 DÉCEMBRE 1920
Croiseur Général Kornilov
Paragraphe N° 1
Le commandement français m’a proposé de transférer dans les plus brefs délais l’Escadre russe à Bizerte. Tout le personnel sait quelles tensions et quels efforts exigera de nous la traversée de 1 200 milles qui nous attend. Je suis convaincu que, malgré le mauvais état du matériel, nous accomplirons la mission qui nous est assignée. Pour faciliter la traversée, l’escadre est divisée en quatre groupes. Les points de rencontre des groupes sont indiqués ci‑dessous. J’exige l’exécution stricte du programme de navigation établi ; toute écart de route ne peut avoir lieu qu’avec mon autorisation. Ce programme est connu du commandement français, qui, afin de faciliter la traversée de l’escadre, envoie avec elle ses propres bâtiments. Les commandants doivent se rappeler que notre situation politique ne nous garantit pas les droits prévus par les lois internationales : des malentendus peuvent survenir pendant la traversée, et tout navire qui s’écarterait de mon plan, sans aucune autorisation, pourrait se retrouver dans des conditions ne lui permettant pas de poursuivre sa route (refus de charbon, d’eau, de communications avec la côte, etc.). Comme il ressort de ce qui suit, tous les points prévus seront visités en même temps que nous par des bâtiments de guerre français. J’ordonne que toutes les négociations avec les autorités côtières dans ces ports soient menées par l’intermédiaire des commandants des navires français. En cas d’absence de ces derniers, il faudra s’adresser aux représentants français à terre, en leur expliquant la signification du pavillon français hissé en tête de mât sur tous nos navires (mise de la flotte russe sous la protection de l’allié français par ordre du commandant en chef, le général Wrangel, ordre n° 2193 du 30 octobre 1920).
Paragraphe N° 2
Ordre de route de l’Escadre russe depuis la rade de Moda jusqu’à Bizerte
1. Première groupe de navires
Vitesse d’escadre : 5–6 nœuds.
Composition : le cuirassé Général Alekseïev, le transport‑atelier Cronstadt, le transport‑charbonnier Dalland, sous le commandement du commandant du cuirassé Général Alekseïev.
Départ de la rade de Moda le 8 décembre à 9 h, en direction de la baie de Navarin, avec passage prévu des Dardanelles le matin du 9 décembre.
À l’arrivée dans la baie de Navarin, le cuirassé embarquera du charbon et de l’eau depuis le Dalland, et fournira du mazout (100 tonnes chacun) aux contre-torpilleurs « Pylkiï », « Derzkiï » et « Bespokoïnyï », qui doivent s’y trouver à ce moment.
Une fois cela accompli, le « Général Alekseïev » fera route vers Bizerte. Aux abords de l’île de Malte, il sera rejoint par le croiseur français « Edgar Quinet », qui l’escortera jusqu’à Bizerte.
Les transports Cronstadt et Dalland se rendront ensemble à la baie d’Argostoli, sur l’île de Céphalonie, pour y retrouver les 2ᵉ et 3ᵉ groupes de l’escadre.
2. Deuxième groupe de navires
Vitesse d’escadre : 4–5 nœuds.
Composition :
• Le croiseur Almaz (pavillon du contre‑amiral Osteletski).
• 1er division : les brise‑glaces armés Gaïdamak (navire‑amiral), Ilia Mouromets, Djiguite, Vsadnik, et le remorqueur Holland, remorquant respectivement les contre-torpilleurs Kapitane Saken, Gnevnyï, Zorkiï, Zvonkiï et Zharkiï.
• 2e division : le transport‑base Dobytcha (pavillon de beaupré), les sous‑marins AG‑22, Bourévestnik, Tioulene et Outka, les remorqueurs Tchernomor et Kitoboï.
• 3e division : le bâtiment‑messager Yakout (navire‑amiral), les canonnières Grozny et Straj, remorquant le navire‑école Svoboda et le navire‑pilote Kazbek19.
Départ de la rade de Moda le 9 décembre à 10 h, en direction de la baie de Kalamaki, à l’entrée du canal de Corinthe.
À l’arrivée, le groupe prendra un pilote, franchira le canal, puis fera route vers la baie d’Argostoli (île de Céphalonie).
Le remorqueur Tchernomor servira à faire passer le croiseur Almaz dans le canal.
3. Troisième groupe de navires
Vitesse d’escadre : 8–9 nœuds.
Composition : le croiseur « Général Kornilov » et le vapeur « Konstantine ».
Ils contourneront le cap Matapan pour entrer dans la baie de Navarin, puis le croiseur poursuivra vers Argostoli.
Le vapeur « Konstantine » naviguera de manière autonome, en restant derrière les contre-torpilleurs du 4ᵉ groupe afin de pouvoir leur porter assistance si nécessaire, puis, arrivé à Bizerte, se placera sous les ordres du contre‑amiral Berens.
4. Quatrième groupe de navires
Vitesse d’escadre : 11–12 nœuds.
Composition : les contre-torpilleurs « Bespokoïnyï » (pavillon du contre‑amiral Berens), « Pylkiï » et « Derzkiï ».
Départ de la rade de Moda le 10 décembre à 17 h, en route avec le 3ᵉ groupe jusqu’à la mer de Marmara.
Après réception des instructions correspondantes, le groupe se séparera et se dirigera vers la baie de Navarin en contournant le cap Matapan.
À l’arrivée, les navires prendront du mazout et de l’eau, puis feront route de manière autonome vers Bizerte.
5. Instructions pour les navires rassemblés à Argostoli
Les ordres de départ vers Bizerte pour les navires des 2ᵉ et 3ᵉ groupes, ainsi que pour les transports « Cronstadt » et « Dalland », seront donnés personnellement par moi-même à mon arrivée dans cette baie.
6. Coordination avec les forces françaises
Avant le passage du 2ᵉ groupe dans le canal de Corinthe, le croiseur français « Edgar Quinet » s’y rendra et réglera, avec moi ou le contre‑amiral Osteletski, toutes les formalités avec les autorités grecques pour le passage de nos navires.
Ensuite, il se rendra à Argostoli, puis vers l’île de Malte pour y rencontrer le cuirassé « Général Alekseïev ».
La canonnière française « Tabour »20 partira de la baie de Moda avec le 4ᵉ groupe et l’escortera jusqu’à Navarin, puis se rendra à Argostoli.
Les contre-torpilleurs français « Marocain » et « Arabe » viendront de Bizerte à la rencontre de nos navires.
7. Retards éventuels
Si le départ du 1er groupe est retardé d’un jour (ou de deux), les départs des 2ᵉ, 3ᵉ et 4ᵉ groupes seront également reportés d’un jour (ou de deux).
Paragraphe N°3. Annexe : Tableau des heures prévues de départ, d’arrivée et de rendez‑vous
Paragraphe N°4. Instructions en cas d’avarie ou de séparation des groupes
1. Tous les groupes doivent suivre strictement les routes communes :
a. En mer de Marmara, laisser l’île de Marmara sur bâbord ; à la sortie des Dardanelles, laisser l’île de Rabbit sur bâbord à 4–5 milles, puis faire route directe vers le détroit de Doro.
Suivre ce détroit puis celui de Zea.
Les navires se rendant au canal de Corinthe doivent aller à la baie de Kalamaki en laissant l’île d’Égine sur bâbord.
Ceux se rendant à Navarin doivent laisser sur tribord les îles Saint‑Georges et Belo‑Pulo, passer entre le cap Malée et l’île de Cythère, puis contourner le cap Matapan et les îles Skitza et Sapiénza pour entrer dans la baie de Navarin.
b. Sur la route de Navarin au port d’Argostoli, laisser l’île de Zante à l’ouest.
2. En cas de séparation en cours de route, essayer de gagner l’un des points indiqués ci‑dessous, sur lesquels une attention particulière sera portée lors des recherches :
– dans les Dardanelles, près de Chanak ;
– après avoir franchi le détroit de Doro ;
– dans la baie de Kérestos.
3. En cas d’écart forcé de la route prescrite, les navires retardataires doivent en informer par radio leur chef de groupe et le commandant de l’escadre.
Paragraphe N° 5, 6 et 7. Concernant la formation des navires, la signalisation et les communications radio.
Paragraphe N°8. Pendant la traversée, observer strictement l’économie du charbon et surtout de l’eau. Cette dernière n’a été embarquée qu’en quantité très limitée sur les transports Cronstadt et Dalland, et il sera impossible d’en obtenir dans les baies prévues pour les escales. Aucun ravitaillement en huile ou en vivres n’aura lieu durant la traversée.
Vice‑amiral Kedroff »
TRANSFERT DE L’ESCADRE RUSSE A BIZERTE
Les équipages, déjà reconstitués au départ de Sébastopol, durent l’être une nouvelle fois à Constantinople. Si des officiers de marine qualifiés occupaient leurs postes, il n’en allait pas de même pour les officiers-mariniers et les équipages, souvent remplacés par des volontaires de bonne volonté, mais totalement dépourvus de formation maritime.
Les quatre sous-marins russes faisaient l’objet d’une attention particulière; mis hors d’état de plonger, ils stationnaient à Sirkedji avec un équipage réduit et sous bonne garde. Il avait été demandé21 à l’amiral Kedroff de prendre des dispositions pour remettre à bord des équipages sélectionnés sur les sous-marins. Le 7 décembre les sous-marins rejoignirent les autres navires stationnés à Moda.

Le capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars à bord du croiseur « Edgar Quinet » attendait le convoi dans la baie de Kalamaki à l’entrée du canal de Corinthe. L’officier de liaison russe a bord du « Quinet » était le capitaine de corvette Solovioff22.

1 : Argostoli, 2 : baie de Navarin
Premier échelon — 8 décembre 1920
Le 8 décembre, le 1er échelon appareille de Constantinople. Il est constitué des bâtiments suivants :
- cuirassé « Général Alexeïev » (commandant : capitaine de vaisseau I. K. Fediaevsky),
- transport « Cronstadt » (commandant : capitaine de vaisseau K. V. Mordvinoff),
- transport « Dalland » (commandant : capitaine de vaisseau Y. I. Podgornyï)
L’échelon est escorté d’abord par la canonnière « Dédaigneuse »puis à partir du 12 par le contre-torpilleur « Marocain » commandé par le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle.23 L’échelon doit contourner le Péloponnaise et faire arrêt dans le baie de Navarin.
Le navire-atelier « Cronstadt » quittera l’échelon le 12 pour se rendre à Moudros afin d’y réparer le croiseur « Général Kornilov ».24
Deuxième échelon — 10 décembre 1920
Le 10 décembre appareille le deuxième échelon, destiné à franchir le canal de Corinthe. Il est constitué des bâtiments suivants :
- croiseur « Almaz » (pavillon du contre-amiral Osteletski) (commandant : capitaine de vaisseau V. A. Grigorkoff) remorqué par le vapeur de sauvetage « Tchernomor » (commandant : capitaine de frégate V. A. Birileff),
- contre-torpilleur « Capitaine Saken » (commandant : capitaine de frégate A. A. Ostolopoff) remorqué par le brise-glace » Gaïdamak » (commandant : capitaine de vaisseau V. V. Vilkenne),
- contre-torpilleur » Jarkiï » (commandant : lieutenant de vaisseau A. S. Manstein) remorqué par le « Gollande »(commandant : lieutenant N. V. Ivanenko),
- contre-torpilleur « Zvonkiï » (commandant : lieutenant de vaisseau M. M. Maximovitch) remorqué par le brise-glace « Vsadnik » (commandant : lieutenant de vaisseau F. E.Vikberg),
- contre-torpilleur « Zorkiï » (commandant : Capitaine de frégate V. A. Ziloff) remorqué par le brise-glace « Djiguite »,
- transport « Dobytcha » (commandant : Capitaine de frégate N. A. Krasnopolskiï),
- sous-marin « Outka » (commandant : capitaine de frégate N. A. Monastyreff),
- sous-marin « A.G. 22 » (commandant : lieutenant de vaisseau Matyevitch-Matsievitch),
- brise-glace « Illia Mouromets » (commandant : capitaine de frégate S. A. Rykoff) remorquant les sous-marins « Tioulenne » (commandant : lieutenant de vaisseau S. V.Offenberg) et « Bourévestnik » (commandant : capitaine de frégate M. V. Kopieff),
- dragueur de mines « Kitoboï » (commandant : lieutenant O. O. Fersman),
- navire auxiliaire « Yakout » (commandant : Capitaine de vaisseau M. A. Kititsyne),
- contre-torpilleurs « Groznyï » (commandant : lieutenant de vaisseau R. E. Virenne) et « Straj » (commandant : Capitaine de frégate K. G. Lioubi) remorquant le bâtiment-école « Svoboda »(commandant : capitaine de frégate A. G. Rybine).
» L’échelon est escorté par l’aviso « Bar le Duc » (capitaine de Corvette Blanchot), puis, à partir d’Argostoli, par l’aviso « Tahure ».25
Quatrième échelon — 12 décembre 1920
Le 12 décembre appareille le 4-ème echelon formé des contre-torpilleurs modernes marchant au mazout. Il est constitué des bâtiments suivants :
- « Bespokoïnyï » (pavillon du contre-amiral Berens) (commandant : capitaine de frégate Novikoff ),
- « Derzkiï » (commandant : capitaine de vaisseau N. R. Goutane)
- « Pylkiï »(commandant : capitaine de vaisseau A. I. Koublitskiï).
En raison de leur tirant d’eau, ces bâtiments ne peuvent emprunter le canal de Corinthe. Ils sont escortés par l’aviso « Tahure » (lieutenant de vaisseau Raymond).26
Troisième échelon — 14 décembre 1920
Le 14 décembre appareille le troisième échelon.Il est constitué des bâtiments suivants :
le croiseur « Général Kornilov » (pavillon du commandant de l’Escadre, commandant : Capitaine de vaisseau V. A. Potapieff)
le vapeur « Konstantine »
Les deux navires naviguent séparément et sans escorte.27
LE NAUFRAGE DU « BAR-LE-DUC »(nuit du 12 au 13 décembre)
Dans la nuit du 13 décembre un signal de détresse est émis par le « Bar le Duc », relayé par le « Provence ». Le « Tahure » escortant le quatrième echelon fait demi-tour et se dirige vers le canal de Doro. Le Marocain escortant le premier échelon est trop en avant pour revenir. Le « Renan »28appareille sur ordre de Commandant en Chef pour porter secours.29

Le « Bar-le-Duc était un petit bâtiment de 700 tonnes. Il mesurait 75 mètres de longueur. Construit à Lorient en 1920, il portait deux canons de 147 millimètres et un de 75 millimètres. Ses machines étaient à turbines qui fonctionnaient au mazout et lui donnaient une vitesse de 21 nœuds.
Le « Bar le Duc » vint se jeter vers 1h00 sur des rochers sous les falaises du cap Doro (île Eubée). La coque crevée à une soixantaine de mètres du rivage, le navire coule rapidement. Les circonstances étaient les suivantes : « Il faisait très mauvais temps et le convoi faisait route à 4 nœuds.
Dans la nuit du 12 au 13, il y eut un choc violent. Une partie de l’équipage avait été surprise dans son sommeil. Le commandant ordonna de battre en arrière et le bâtiment se dégagea. Un message fut adressé sur la TSF: » Bar le Duc échoué sur Doro ».
Rapidement les machines stoppèrent car les tubes de la chaudière en fonction avaient joué. La pression chuta, la dynamo stoppa et le bâtiment fut désemparé car la deuxième chaudière n’était pas en pression.
Le navire fut drossé une deuxième fois à la côte. Ce deuxième choc intervint 15 minutes après le premier. Le commandant donna l’ordre à son second, Joubin, d’établir une corde tendue entre le bateau et la terre.
La nuit était noire, la pluie tombait en rafales et la mer brisait sur les récifs.
Joubin se jeta à l’eau avec une corde qu’il amena à terre sur un rocher distant de 7 à 8 mètres de l’étrave. La coque du Bar le Duc protégeait, par sa masse, l’espace compris entre le bâtiment et le rocher. Pendant ce temps, des feux «Costons» étaient tirés pour éclairer Joubin.
L’évacuation du personnel fut entreprise dès que la corde fut fixée. Les hommes passaient un à un, à la lueur des «Costons». Ils rejoignaient le rocher puis se remettaient à l’eau sur une dizaine de mètres pour rejoindre un autre banc de rochers plus élevés, avant d’atteindre la terre ferme. Le mouvement devait se faire rapidement pour dégager, au fur et à mesure, la place nécessaire sur le premier rocher.
Le Bar le Duc continuait à s’enfoncer et le pont était, à présent, à hauteur de la mer. Une première lame emporta le commandant, suivie d’une seconde qui enleva l’officier de quart.
Soixante hommes avaient atteint le deuxième banc de rochers. Une quarantaine était restée sur la première ligne de récifs. Il n’y avait plus de «Costons» pour s’éclairer.
La météo était toujours aussi mauvaise, et personne ne pouvait bouger sans risquer de tomber dans un trou. Il était entre 03h00 et 04h00, il fallait attendre trois heures encore avant que le jour ne se lève. Au début, la coque du Bar le Duc protégeant la côte, les hommes du premier banc étaient à l’abri.
Quand le Bar le Duc coula, glissant sur les fonds escarpés, la situation devint plus difficile. La mer balayant les rochers obligeait les hommes à se cramponner pour ne pas être emportés. De temps à autre, on entendait des cris et un des hommes du premier banc constatait que son voisin avait disparu.
Après deux heures d’attente, le jour apparut. Sur les 40 hommes du premier banc, il n’en restait plus que 8. Ils parvinrent à gagner la terre, et tous les rescapés se regroupèrent sur un éperon de la côte.
Il y avait une cabane. Un berger fit du feu et donna un peu de lait. Un ruisseau proche permit de laver les plaies des blessés.
Dans l’après-midi, les rescapés virent passer, et repasser l’Ernest Renan et d’autres patrouilleurs. Ils firent du feu et des signaux, mais sans succès, car la météo était encore trop mauvaise.
Joubin décida qu’il fallait prévenir par le télégraphe le plus proche, à 50 km. Il prit la décision de s’y rendre lui-même, protégé par la capote d’un second-maître, et muni d’un billet de 100 francs. Sans chaussures, les pieds enveloppés tant bien que mal, il se mit en route, guidé par un villageois.
Au bout de 25 km à pieds sur les cailloux, il put profiter d’une mule et parvint dans cet équipage, au village d’où il télégraphia.
Les autorités grecques lui fournirent des vêtements militaires grecs et des espadrilles.
Pendant ce temps, l' »Ernest Renan » avait récupéré les rescapés. »30
Il y eut 26 victimes dont 4 officiers :
Le capitaine de corvette Blanchot, commandant de l’aviso.
Enseigne de vaisseau de 1ère classe Lacor Joseph.
Enseigne de vaisseau de 2ème classe Roche Paul.
Enseigne de vaisseau de 2ème classe de réserve Carré Raoul
Aspirant de réserve Laroche PauL
Quartier-maître de manoeuvre Niobé Henri.
Maître canonnier Cochennec Yves.
Maître de timonerie (chef de quart) Riou Jean-Marie.
Quartier-maître de timonerie Lesphort Raoul
Matelot timonier Gadois Arsène.
Matelot charpentier Leroy Maurice.
Quartier-maître canonnier Laroche Lucien
Quartier-maître canonnier Huet Lucien.
Quartier-maître canonnier Helias Pierre.
Matelot canonnier Claude François
Second-maître fusilier Quentrec François.
Quartier-maître électricien T.S.F. Mounier Roger.
Matelot boulanger-coq Furie Yves.
Matelot cuisinier Gros Eugène.
Second-maître mécanicien Nicol Laurent.
Matelot mécanicien Beutzinger Eugène.
Quartier-maître chauffeur Lepennec Jean.
Matelot chauffeur Braouesec Hervé.
Matelots sans spécialité Clapier Emile, Verdon Marius et Leferrand Pierre.
2 mitchman russes, officiers de liaison, se trouvaient sur le « Bar le Duc » et furent sauvés. Des pièces des sous-marins russes démontés pour les rendre inopérants (notamment celles de périscopes) sur demandes insistantes de la Marine anglaise se trouvaient à bord du « Bar le Duc »et furent perdues.
Le contre-torpilleur « Derzkiï » fut le dernier à voir le « Bar le Duc » avant son échouage. Le commandant du « Derzkiï », le capitaine de vaisseau Goutane, rédigea un CR.



CR du capitaine de vaisseau Goutane commandant du contre-torpilleur « Derzkiï » concernant la perte du « Bar le Duc »31
REGROUPEMENT DES ECHELONS – NAVARIN ET ARGOSTOLI
Le croiseur « Kornilov » entre dans la baie de Kalamaki, où il reste jusqu’au passage de tous les navires par le canal de Corinthe.
Le 14 décembre 1920, le capitaine de vaisseau du Petit Thouars rencontra l’amiral Kedroff. Il note : »Je reçois de l’amiral un accueil aimable mais remarque chez lui un vif souci de tout diriger personnellement, je dirai même exclusivement ». Il ajoutera pas la suite pour la journée du 15 décembre : « L’amiral Kedroff est venu me rendre visite. Une nouvelle discussion a rapproché nos points de vue. En ma basant sur les directives contenues dans le télégramme secret du commandant en chef reçu aujourd’hui, j’estime que mon rôle est de fortifier de mon mieux l’autorité de l’amiral Kedroff sur son escadre et à agir surtout par persuasion auprès de lui de manière à me ménager son concours et celui de son état-major pour la direction générale des convois. »32
Le 13 à 15 h 30, arrivent dans la baie de Navarin : le cuirassé « Général Alexeïev », le « Dalland » ainsi que le « Marocain ». Le contre-torpilleur « Bespokoïnyï » jete l’ancre à 16 Heures et le « Pylkiï »à 18 heures. Le Derzkiï arrive le 14 à 9 heures. Dans la nuit du 14 au 15 arrivent le transport « Cronstadt », et le vapeur « Konstantine ». 33
Pendant ce temps, les autres navires de l’Escadre franchissent le canal de Corinthe et rejoignent à Argostoli.
Incident du Gaïdamak dans le canal
Le passage du canal ne se déroule pas sans incident : le « Gaïdamak » s’échoue et doit être déséchoué par le remorqueur »Elli ». Le patron du remorqueur Giovanni Vortellino reçoit une prime de 15 drachmes sur ordre du capitaine de vaisseau du Petit Thouars.34
Baie de Navarin – 15 décembre
Le 15 décembre, à 18 heures, la « Quinet » appareille pour Argostoli en contournant le Péloponèse. Il mouille le lendemain à 16 heures dans la baie de Navarin. Le « Marocain », le « Général Kornilov », le « Général Alexeev », les contre-torpilleurs « Bespokoïnyï », « Pilkyï », « Derzkiï », le charbonnier « Dalland » et le navire atelier le « Cronstadt » y sont déjà au mouillage. Le Dalland ne peut charbonner en raison du fort clapottis. L’amiral Kedroff décide de le faire partir immédiatement pour Argostoli. Il pensait lui-même appareiller pour Argostoli vers minuit. Le commandant du Quinet laisse de l’argent au commandant du « Marocain » pour l’approvisionnement puis appareille pour Argostoli le 16 décembre à 21 heures.
Echouage du Tchernomor – 17 décembre
Le 17 au matin le temps est éxécrable. A 7 heures 40, le « Tahure » informe par télégramme de l’échouage du Tchernomor.
Dans le brouillard, à l’approche de l’île de Céphalonie, le remorqueur « Tchernomor » (pavillon du contre-amiral Osteletski) s’est échoué au cap Saint-Attakasia35 sur un fond sabloneux. Le « Tahure », sur place, ne peut le remorquer en raison d’une avarie. Le « Quinet » et le « Général Kornilov » arrivent en renfort.
Le vice-amiral Kedroff souhaite que le « Quinet » et le « Tahure » rejoignent Argostoli pour y organiser le ravitaillement, tandis qu’il reste sur place pour dégager le « Tchernomor ». Ce dernier est déséchoué sans dommages la nuit par le croiseur « Kornilov », malgré la pluie, « au cours d’une brillante maneuvre »36 sous la direction personnelle de l’Amiral.
Argostoli – 17 au 20 décembre
Le 17 décembre à 17 h 30 le « Quinet » arrive à Argostoli où se trouvent dèjà l' »Arabe » et la majeure partie des navires du deuxième échelon.
Les mécaniciens du « Quinet » remettent en état un condenseur et une turbine du « Tahure ».
Le 18 en l’absence du vice-amiral Kedroff, le capitaine de vaisseau du Petit-Thouars réunit les chefs de divisions pour évaluer les besoins. Le « Dalland » commence le charbonnage.
Au début de l’après midi, le « Kornilov » et le « Tchernomor » rejoignent Argostoli.
L’aviso « Yser » et le pétrolier ravitailleur »Rhône » rejoignent le convoi. l' »Yser » embarque deux timoniers russes puis accompagne un groupe de navires russes ; le « Rhône » fournit du mazout aux navires français et 65 t au « Général Alexeïev ».

Problèmes d’eau et de vivres.
L’eau pose un problème majeur : les besoins sont considérables. Le 20 décembre l’amiral Kedroff écrit au capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars : 600 t sont indispensable à l' »Alexeïev ». 450 tonnes seront portés à Navarin par le « Dalland » et 150 par le « Kornilov ». De plus 50 t sont nécessaires au « Kornilov » et 20 t pour l' »Almaz ».37 L’unique prise d’eau à terre ne délivre que 80 t par jour et 140 à partir du 21, « l’eau est fournie par une entreprise de terre malheusement peu outillée et à la merci de syndicats : le débit pratique actuel est tout a fait insuffisant pour parer au dépenses, même journalière de l’Escadre » note le capitaine de vaisseau du Petit Thouars ». 38
Le contre-amiral Machoukoff transmet le 20 décembre, « la liste des approvisionnements qu’il serait désirable de recevoir pour les navires de l’Escadre russe ». Le même jour le capitaine de vaisseau Du Petit Thouars mandate le commissaire de l’Edgar Quinet pour passer un marché pour la fourniture d’eau et de vivres. « L’Escadre russe était annoncée approvisionnée en vivres jusqu’au 28 décembre n’en ayant en réalité à son arrivée à Argostoli qu’une quantité à peine suffisante, par suite de circonstances diverses, pour atteindre cette date et le mauvais temps établi retardant de plusieurs jours son départ et par conséquent son arrivée à Bizerte »…39 Le capitaine de corvette Varin D’Ainvelle commandant le « Marocain » nous éclaire sur les « circonstances diverses » et écrit dans une note du 19 décembre 1920 au contre-amiral Berens « Il vous avait été signalé, sur ma demande, que des hommes et vos officiers de vos bâtiments vendaient à terre par l’intermédiaire de barques qui accostaient vos bords des conserves de boeuf, des vivres et même des objets d’armements »… »on peut voir à l’étalage de marchands de Navarin, des centaines de boites de conserve, etc… »40
Problème des remorques
Le capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars identifia un autre difficulté : « Une des questions les plus importantes est celle des remorques = toutes ont cassé pendant la première traversée. Certaines sont rompues en trois endroits; leur réparation ne donnera que des résultats aléatoires – Je mets à la disposition de l’Amiral Kedroff 3 aussières de 200 mètres en fil d’acier = avec celles dont le « Dalland » et le « Cronstadt » peuvent se démunir nous parons à cette situation préoccupante »41.
DEPART D’ARGOSTOLI ET DE NAVARIN VERS BIZERTE
Le 18 décembre à 17 heures, le vapeur « Konstantine » appareille pour Bizerte. Les contre-torpilleurs « Bespokoïnyï » et « Pilkiï » quittent la baie de Navarin le 19 décembre à 22 heures pour Bizerte.42
Le 19 décembre le « Yakout », le « Straj » le « Groznyï » appareillent d’Argostoli remorquant les sous-marins « Bourevestnik » et « Tioulène » escortés par l' »Arabe ». Le même jour, à 20 heures, appareillent l' »Almaz » remorqué par l' »Illia Mouromets », sans escorte.
A minuit le Tahure appareille pour Navarin où il mazoute puis rejoint le quatrième groupe
Du 19 au 21 le temps est exécrable.
Les navires rassemblés à Argostoli nécessitaient de petites réparations et un ravitaillement en charbon et en eau, leur départ vers Bizerte ne peut commencer que trois jours plus tard, par petits groupes.
Difficultés en mer — moral et ravitaillement
Le capitaine de vaisseau du Petit Thouars écrivit dans son CR pour la journée du 20 : « Le groupe de l’ « Arabe » parti hier dans des conditions très favorable, trouve grosse mer au large – à 18 heure, il est obligé de mettre la cape. »
L’amiral Kedroff donne des nouvelles peu satisfaisantes de l’ »Alexeieff » à Navarin = la prolongation du séjour, au mouillage de ce cuirassé sans descentes à terre, l’incertitude sur la date de départ, quelques cas de maladie causés par l’alimentation en conserves et surtout la crainte de ne pas arriver à parer aux pertes d’eau formidables des chaudières et du tuyautage ont engendré un certain flottement dans le moral du personnel. « Je prie le « Marocain » d’approvisionner le plus possible les bâtiments russes en vivres frais et légumes », mais cet approvisionnement s’est avéré impossible. « Le ravitaillement en vivres frais des bâtiments russes, aussi bien d’ailleurs que celui du « Marocain », a été impossible. Je n’ai pu trouver qu’un canard et un petit porc, avec quelques choux-fleurs minuscules. Et cela, bien que j’aie envoyé deux officiers mariniers battre les environs à plusieurs kilomètres de distance. Le pays ne vit que de la culture de la vigne. » 43
Une vingtaine de personnes envoyées à terre pour « faire de l’eau » désertent44. Il ne fallait pas que cet exemple se répande
Mardi 21 décembre : le « Dalland » quitte Argostoli pour Navarin afin d’approvisionner le « Général Alexeeff » en eau et en charbon.
Le Yakout en détresse
Des nouvelles alarmantes arrivent. Le « Yakout » est en détresse, les pompes ne fonctionnent plus, les chaufferies sont inondées par la tempête. Le vent tombe l’aprés midi et l' »Arabe » parvient à transborder une pompemais ellle ne peut fonctionner en raison du fort roulis.
Le garde-marine Ratchinskiï décrit la scène : « En quittant Argostoli le soir, au matin le temps s’était complètement gâté. Le Yakout passait d’une vague à l’autre, luttant contre les éléments, et n’y résista pas. L’ eau commença à monter lentement dans les cales, ce à quoi on ne prêta d’abord aucune attention. Quand on voulut la pomper, il s’avéra que le charbon détrempé avait bouché les pompes, les empêchant de fonctionner.
Les mécaniciens se mirent en hâte à les nettoyer, mais l’eau continuait d’affluer, entraînant de nouvelles masses de charbon, et bientôt le travail devint impossible. Les chaudières furent noyées, la pression de vapeur chuta rapidement et la machine s’arrêta.
Une masse liquide noire, roulait d’un bord à l’autre dans un énorme fracas. Le navire tangait, désemparé, au gré des vagues et du vent. Il semblait qu’il n’y avait plus rien à faire à bord et qu’il fallait accepter la proposition des Français de passer sur le torpilleur d’escorte.
Mais pouvions‑nous vraiment abandonner le vieil homme à une mort solitaire, par ceux qu’il avait longtemps et fidèlement portés? Non, nous ne pouvions agir ainsi sans avoir rien tenté pour sauver le navire, et commença alors une longue lutte contre la mer.
Tous ceux qui pouvaient travailler — travaillaient. Les officiers, les gardes-marine et les chauffeurs, se cramponnaient aux échelles… » 45
La lutte dura des heures. Le roulis empêchait tout travail continu, les hommes glissaient, se blessaient, se relevaient. L’eau montait inexorablement. Le Yakout, privé de propulsion, dérivait dangereusement.
L’Arabe, malgré la tempête, resta à proximité autant que possible. Le navire russe ne pouvait compter que sur ses propres forces.
Le vent finit par tomber dans l’après‑midi. Les mécaniciens, épuisés, parvinrent à dégager partiellement les pompes. Une première évacuation d’eau fut possible. La pression remonta lentement. La machine put être relancée, d’abord à très faible régime, puis à une allure suffisante pour maintenir le cap.
Le Yakout était sauvé — mais au prix d’un effort surhumain.
Les difficultés s’accumulent.
L’amiral Kedroff diligente le « Cronstadt » pour secourir le « Yakout », mais le navire-atelier ne peut partir qu’à 23 heures ; puis il est dirigé sur le « Straj » qui émet un SOS, alors qu’il est isolé en mer avec un sous-marin à la remorque, le « Yakout » étant assisté par l' »Arabe ».
L’inquiétude gagne Bergasse du Petit-Thouars, qui est préoccupé, si le mauvais temps se maintient, par le manque de charbon. Il ne reste plus que 300 t au « Dalland » et le « Quinet » n’en a que pour 7 jours de mouillage et la traversée pour Bizerte. Il informera l’amiral de Bon de la situation.
Mercredi 22 décembre « il fait presque calme »… « L’amiral Kedroff décide le départ du troisième groupe composé de trois brise-glaces armés, le « Gaïdamak » remorquant le « Capitaine Saken », le « Vsadnik » remorquant le « Zvonkiï » et le « Djiguite » remorquant le « Zorkiï », qui appareillent à 13 heures 30 escortés par l' »Yser » commandé par le capitaine de corvette Hennique. Dans la soirée, nous apprenons que le « Straj » a été pris en remorque par le vapeur russe « Inkermann » et que ces deux bâtiments font route vers Bizerte avec l' »Almaz », l' »Illia Mouromets » et l’ »Arabe ». »
Bergasse du Petit-Thouars notera : « Le « Yakout », sa machine stoppée, ses voiles hissées, dérive lentement vers l’est. Il répare ses avaries lui-même et n’a pas besoin d’aide. Il compte reprendre la route le 23 au matin si la mer reste belle. La présence de l' »Arabe » n’étant plus nécessaire près du « Yakout », ce torpilleur se dirige vers le « Straj », auprès duquel se trouvent déjà l' »Almaz » et l' »Illia Mouromets ». Dans la soirée, nous apprenons que le « Straj » a été pris en remorque par le vapeur russe « Inkermann » et que ces deux bâtiments font route vers Bizerte avec l' »Almaz », l' »Illia Mourometz » et l' »Arabe ». »46
Le « Cronstadt » est à nouveau dirigé vers un autre objectif ; il s’agit cette fois du « Grozny » remorquant le « Tioulène », qui manque de charbon et d’huile pour rejoindre Bizerte.
« Le beau temps paraissant s’affirmer, l’amiral Kedroff décide le départ dans la nuit des 6 bâtiments formant le quatrième groupe. Le capitaine de vaisseau du Petit-Thouars prévient le « Tahure » (à Navarin) d’avoir à appareiller en temps voulu pour joindre, le 23, au jour, le groupe qu’il doit escorter. »
Le sous-marin « Bourevestnik » fait route vers Bizerte seul. Le troisième et le quatrième groupe faisant route sans incident, à 8 heures, l' »Yser » quitte le troisième groupe pour rechercher le « Yakout »; il le trouve ) 12 heures, ses avaries sont réparées, l' »Yser » l’invite à se joindre au troisième et au quatrième groupe, puis rejoint le convoi.

À 17 heures, le « Tahure » rejoint le quatrième groupe.
Il ne restait plus à Argostoli que le « Kornilov », le « Svoboda » et le « Jarkiï » avec l’« Edgar Quinet ».
Le 24 décembre à 14 h 30,47 le cuirassé « Général Alexeïev » quitta Navarin pour Bizerte, après avoir été approvisionné en charbon et en eau par le transport « Dalland ». Le » Dalland » rejoindra Argostoli le 24 avec le « Derzkiï » en remorque. Le « Dalland », qui était attendu dans la journée, n’arrive qu’à 22 heures. Étant très lège, il ne peut marcher, en remorquant le « Derzkiï », qu’à une vitesse de 3 ou 4 nœuds au lieu de 9.
» Au jour, la situation des bâtiments en mer est la suivante :
Le groupe escorté par l' »Arabe » est dans le canal de Malte et fait route à 2 nœuds vers Bizerte.
Le « Grozny » fait route sur Bizerte.
Le troisième groupe (« Yser ») est à trente milles de Passero, le « Yakout » est à une trentaine de milles derrière lui.
Le quatrième groupe fait route sur Passero dans de bonnes conditions.
Nous apprenons dans la journée que :
Le « Yakout » passe par le détroit de Messine.
Le « Straj » est pris en remorque par le « Taillebourg ».
L' »Inkerman » continue sa route sur Toulon.
L' »Alexeïev », escorté par le « Marocain », appareille à 14 heures.
« Le soir, la rade de Navarin est complètement évacuée. Les bâtiments présents à Argostoli sont, avec le « Quinet » : « Kornilov », « Svoboda », « Jarki », « Dalland « , « Derzki ».
Le 25 décembre, trés beau temps, l’Amiral Kedroff rend visite au capitaine de vaisseau du Petit-Thouars pour « m’apporter ses voeux de Noêl et me remercie de tout le concours que nous lui donnons. » »48
Sur ordre de l’Amiral Kedroff le » »Jarki » appareille à 4 heures du matin. Il fait route sur Passero où le « Cronstadt » attend au mouillage pour l’assister les navires du convoi en cas de besoin.
Le croiseur « Kornilov », remorquant le bâtiment-école « Svoboda », quitte Argostoli le soir pour Bizerte, après le départ des autres groupes. Après lui, le croiseur français « Edgar Quinet » et le transport « Dalland », prennent la mer. Le « Dalland », qui devait remorquer le « Derzkiï » étant complétement lège, son hélice hors de l’eau, le commandant du croiseur français proposa aimablement de remorquer le « Derzkiï », qui manquait de combustible pour la traversée. L’Amiral Kedroff refuse puis finalement accepte de faire remorquer le « Derzkiï » par le « Nora Hugo Stines » batiment attendu le jour suivant.
Le « Nora Hugo Stines » prenant du retard, c’est le « Quinet » qui remorquera le « Derzkiï ». Les derniers navires, le « Dalland », le « Derski » et le « Quinet » appreilleront pour Bizerte le 26 décembre à 15 heures.
Le contre-torpilleur « Jarkiï » a une surchauffe de chaudière. Il longeait les côtes italiennes hors des eaux territoriales et un contre-torpilleurs italien l’accoste. Constatant le manque d’eau douce du « Jarkï », le commandant Italien l’invite à entrer au port de Catron, ce qui fut fait. Après ravitaillement en eau, il reprit la mer et, passant près de Malte, dut y entrer pour se ravitailler en charbon, grâce à l’aide du consul français, puis arriva sain et sauf à Bizerte49.
Selon le rapport du commandant du Jarkï, le contre-torpilleur fut accueilli avec bienveillance dans les ports italiens et anglais.50
Voici le récit de cet épisode tel que raconté par la fille du capitaine de frégate Manstein, Anastasia Chirinskaya dans « La dernière escale » :
« Lorsque qu’ils quittèrent Argostoli, la mer était calme et le temps resta beau toute la journée, mais vers le soir une tempête les surprit au large de la Calabre. De nouveaux dommages obligèrent le Jarkiy à chercher refuge dans quelque petite baie déserte. Heureusement, un torpilleur de la Marine nationale italienne, battant pavillon vert‑blanc‑rouge, vint à leur secours et les remorqua jusqu’à Cattaro.
Le commandant du torpilleur, se souvenant de Messine, invita les officiers russes à déjeuner. Ayant appris qu’ils hésitaient faute de vêtements convenables, il déclara non sans humour qu’il invitait des camarades dans l’adversité, et non des capotes militaires. Cette soirée fraternelle autour d’une table hospitalière, où le vermouth avait le goût d’un temps depuis longtemps révolu, où les souvenirs de l’Antiquité, de Pythagore et de ses lois repoussèrent un instant la dure réalité, demeura une lueur lumineuse dans ce voyage difficile.
La question du manque de combustible se posa de nouveau lorsque le Jarkiy retrouva le Cronstadt au large de la Sicile, où il devait embarquer du charbon. Il ne restait qu’une solution : se rendre à Malte, malgré l’interdiction, et pénétrer dans les eaux britanniques, en évitant le pilote qu’ils n’avaient pas de quoi payer.
Le Jarkiy entra dans La Valette et mouilla au milieu du port. La réaction des autorités portuaires ne se fit pas attendre. Un officier britannique en grande tenue apparut cinq minutes plus tard. Il fut courtois mais ferme : l’amiral anglais, très occupé, dispensait le commandant de la visite protocolaire et demandait que personne ne descende à terre. « Un peuple remarquable, ces Anglais ! Ils savent dire les plus grandes grossièretés avec une politesse irréprochable… », commenta le commandant à propos de cet incident.
Mais qu’en était‑il du charbon ? La question fut réglée le lendemain matin. L’adjoint du chef d’état‑major britannique, un officier ayant servi toute la guerre sur le front russe et décoré des ordres de Vladimir et de Stanislas, se présenta amicalement à ses anciens compagnons d’armes. Il proposa, à titre personnel, de s’adresser au consul de France, qui, avec bienveillance et l’accord complet de Paris, fournit le charbon nécessaire au torpilleur. Le Jarkiy quitta La Valette le jour de fête du Nouvel An 1921, tandis que lui parvenaient, en mauvais russe, des vœux de bonheur pour la nouvelle année et même quelques bouquets de violettes lancés depuis des gondoles maltaises. Encore quelques heures… et il serait à Bizerte.
Post‑scriptum. Dans son rapport du 30 décembre 1920, le capitaine de 1er rang Bergasse du Petit‑Thouars, commandant de l’Edgar Quinet, écrivait : « Le Jarkiy est arrivé en retard. Kedroff juge possible, et même probable, la désobéissance du commandant… un jeune officier enthousiaste qui aurait très bien pu entrer en Grèce ou à Cattaro. »51
Note de l’auteur Anastasia Chirinskaya: On ne peut accuser mon père de désobéissance : les circonstances l’obligèrent à entrer à Cattaro puis à Malte. Bien sûr, il aurait pu éviter cela en quittant Argostoli sous remorque. A‑t‑il fait tout ce qui était possible pour que le Cronstadt parvienne à le prendre en remorque ? Il a toujours affirmé que toutes les tentatives avaient été vaines, que la tempête arrachait les câbles, entraînant le torpilleur au fond de la baie, au risque d’être brisé sur les rochers. Mais en racontant cet échec, qui força le Cronstadt à partir seul, il ajoutait : « Bon vent ! », et ses yeux brillaient gaiement. »
Le rapport de l’Amiral Behrens mentionne : « La météo fut globalement favorable, bien que certains navires rencontrèrent du gros temps dans l’Archipel.
« Pour les équipages, la traversée fut extrêmement pénible : les mécanismes usés des navires se brisaient sans cesse, exigeant une attention et un travail intenses. Le chargement du charbon fut effectué uniquement par les équipages des navires.
Le comportement des commandants et des équipages des navires français qui escortaient notre escadre fut des plus prévenants et attentionnés. Tout particulièrement celui du commandant du croiseur « Edgar Quinet », qui se montra d’un grand dévouement pour le ravitaillement en vivres et en eau, et remorqua le contre-torpilleur « Derzkiï ».52
À Argostoli, le commandant du croiseur « Edgar Quinet » m’informa que, le jour de l’arrivée de notre Escadre, un représentant des autorités grecques lui avait déclaré que l’Escadre devait quitter le port sous 24 heures. Le capitaine de vaisseau Dupetit-Thouars expliqua que l’Escadre russe se trouvait sous la protection d’un pays allié, la France. Le représentant grec sembla satisfait de cette explication, et aucun obstacle ne nous fut opposé. »53
Le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle, commandant du « Marocain », écrira dans son rapport : « Je n’ai eu aucune difficulté dans mes rapports avec les chefs russes, monsieur le contre-amiral Berrens et monsieur le capitaine de vaisseau Fedjaevstky, commandant l' »Alexeieff ». En particulier je n’ai eu qu’à me féliciter de la loyale conduite de ce dernier et de ses officiers en second. Ils se sont soumis d’une façon complète aux consignes contenues dans les instructions et, aussi bien au mouillage qu’à la mer, m’ont apporté une collaboration complète et pleine de dignité. »54
ARRIVEE A BIZERTE
Les navires de l’Escadre arrivèrent à Bizerte dans l’ordre suivant :
• 21 décembre : vapeur « Konstantine »
• 22 décembre : « Bespokoïnyï » et « Pylkiï »
• 24 décembre : sous-marin « Bourévestnik » ,
• 25 décembre : « Almaz », « Ilia Mouromets », « Groznyï », « Tiouléne », « Dobytcha », « A.G. 22 », « Outka », « Tchernomor », « Gollande » et « Kitoboï »
• 26 décembre : « Gaïdamak », « Djiguite », « Vsadnik », « Capitaine Saken », « Zvonkiï », le « Zorkiï » à 8 heures55 et le Straj
• 27 décembre : « Yakout » et l' »Alexeef » à 21 heure devant les jetées de Bizerte56 en attendant les deux remorqueurs commandés par le Marocain
• 28 décembre : « cuirassé Alexeïev » et « transport Cronstadt »
• 29 décembre : croiseur « Kornilov », contre-torpilleur « Derzkiï », transport « Dalland » et bâtiment-école « Svoboda »
• 2 janvier : contre-torpilleur « Jarkiï ».
- Le contre-torpilleur « Jivoï » avait été perdu corps et biens. Nous supposons qu’à cette
date, on espérait encore le retrouver. ↩︎ - Service historique de la Défense Vincennes СG 4 (Escadre Wrangel). ↩︎
- Charles-Henri Dumesnil : envoyé en mission en Russie comme délégué auprès du commandant en chef des flottes russes, il y rendit d’éminents services, en particulier en janvier 1917 lors de l’explosion suivi de l’incendie du dreadnought « Impératritsa-Maria », et mérita deux témoignages officiels de satisfaction. ↩︎
- Véra est un diminutif de Véronique. Née Fermor. Elle vivait à Constantinople puis à partir de 1926 à Paris et faisait partie du Comité d’Aide à l’Union des Invalides Russes de Guerre à l’Étranger. Elle devint présidente de ce comité à partir de 1960. En 1943 – 1944, elle fut présidente du Comité de Direction des Affaires de l’Émigration Russe en France. Arrêté en 1944 puis libérée, elle mena une vie extrêmement active dans le milieu de l’émigration russe et plus particulièrement dans celui de la Marine. Auteur de plusieurs ouvrages dont plusieurs ont été publiés comme La Néva tant regrettée et Le Bosphore tant Aimé, ses souvenirs furent édités dans Vozrojdenije en 1960. ↩︎
- Croiseur-cuirassé ↩︎
- Télégramme 67. SHD de Vincennes. CR de Dumesnil à de Bon du 23 novembre 1920. SHD de Toulon (1BB7) ↩︎
- Dans les faits, cette neutralité ne sera pas véritablement respectée et plusieurs navires aideront à l’évacuation ↩︎
- CR de Dumesnil à de Bon du 23 novembre 1920. SHD de Toulon (1BB7)
↩︎ - Ibid ↩︎
- Son grand-père Jacques Debon (1768-1853), et son bisaïeul Jacques Debon (1734-1784) étaient capitaines corsaires. ↩︎
- Télègramme du 13 novembre 1920 de G. Leygue. Evacuation de l’armée du Général Wrangel. ↩︎
- Télègramme du 22 novembre 1920 de G. Leygue adressé au Haut-commissaire Français Constantinople. ↩︎
- Télègramme du 13 novembre 1920 de G. Leygue. Evacuation de l’armée du Général Wrangel. ↩︎
- Lettre du 9 décembre 1920 de l’Amiral de Bon au Haut-commissaire de la République en Orient. ↩︎
- Télègramme du 13 novembre 1920 de G. Leygue. Evacuation de l’armée du Général Wrangel. ↩︎
- Bizerte. Lepotier. Chapitre 7 ↩︎
- Lettre du 8 décembre N°886.8 de l’Amiral de Bon. ↩︎
- Lettre de l’amiral de Bon du 8 décembre 1920 au commandant de l’Edgar Quinet. SHD de Toulon 57 GH ↩︎
- Navire qui resta à Constantinople. ↩︎
- C’est ainsi dans le texte. Comprendre « Tahure ». ↩︎
- Ordre 1472 du 19 novembre signé par le capitaine de vaisseau Pierre Vandier. ↩︎
- Sa biographie figure dans ce blog ↩︎
- Annexe I du CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. Vincennes 1 BB 7. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Il s’agit du croiseur cuirassé « Ernest Renan ». ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte 1BB 7. ↩︎
- Forum « PAGES 14 – 18 » par « capu rossu ». (https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?t=70058) ↩︎
- SHD de Toulon 1BB7. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Les jours et les heures d’arrivée sont données d’aprés le CR du 28 décembre 1920 du commandant du « Marocain », le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Ordre N° 114 du 15 décembre 1920. ↩︎
- San Attanasia d’aprés les CR français. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Lettre du 20/12/1920 de l’amiral Kedroff. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Ordre du commandant N° 116 du 20/12/1920. ↩︎
- Lettre du 19/12/1920 du capitaine de corvette Varin D’Ainvelle au Contre-amiral Behrens. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Les jours et les heures d’arrivée sont données d’aprés le CR du 28 décembre 1920 du commandant du « Marocain », le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- CR du 28 décembre 1920 du commandant du « Marocain », le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Extrait de l’article du journal N° 2 du Cercle de l’Ecole navale de Vladivosok « De Sébastopol à Bizerte », du garde-marine de vaisseau Ratchinskiï. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Les jours et les heures d’arrivée sont données d’aprés le CR du 28 décembre 1920 du commandant du « Marocain », le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- CR du capitaine de vaisseau Bergasse du Petit Thouars du 30 décembre 1920 Traversée de l’Escadre de Constantinople à Bizerte. Opération de l' »Edgard Quinet » Chef des escorteurs. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎
- Extrait du rapport de l’Amiral Berens au général Wrangel. Service historique de la Défense Vincennes СG 4 (Escadre Wrangel). ↩︎
- Ibid. ↩︎
- « L’Amiral ne parait pas inquiet sur son sort : le beau temps, l’état trés satisfaisant de ce torpilleur lui font exclure l’hypothèse d’un accident de mer. Mais, il envisage par contre comme possible, peut-être même comme probable, une désobeissance du commandant du Zharki, jeune officier un peu exalté qui aurait trés bien pu, se rendre en Grèce ou à Cattaro. » ↩︎
- Extrait du rapport de l’Amiral Berens au général Wrangel. Service historique de la Défense Vincennes СG 4 (Escadre Wrangel). ↩︎
- Ibid. ↩︎
- Rapport capitaine de corvette Varin d’Ainvelle N° 15 du 28 décembre 1920. SHD de Toulon 1 BB 7 ↩︎
- Rapport du commandant de l' »Yser », le capitaine de corvette Hennique. ↩︎
- Les jours et les heures d’arrivée sont données d’aprés le CR du 28 décembre 1920 du commandant du « Marocain », le capitaine de corvette Varin d’Ainvelle. SHD de Toulon 1 BB 7. ↩︎