« LA SECTION MARINE DE L’ARMEE DES VOLONTAIRES »

L’article « La section marine de l’Armée des volontaires » de V. Elmanovitch1 a été publié pour la première fois dans Vestnik Pervopokhodnika, n° 12, de septembre 1962.

Le Vestnik pervoprokhodnika (Messager des participants à la Première Campagne du Kouban) est une revue historique et mémorielle de l’émigration blanche russe, consacrée à l’étude de l’histoire du Mouvement blanc et de la Première campagne du Kouban (« campagne de Glace ») menée par le général L. G. Kornilov. Éditée à Los Angeles par la Société californienne des participants à cette campagne, elle publiait principalement des mémoires, témoignages, documents d’archives et études historiques relatifs à l’Armée des volontaires et aux événements de la guerre civile russe. Le premier numéro à été edité en septembre 1961 et le dernier, le N° 93 en septembre 1970. Le fondateur et rédacteur était A. F. Dolgopoloff de 1961 à 1968 puis le rédacteur fut le fils de général Korniloff, G. L. Korniloff, en 1968 et 1969.

« Vers la mi‑octobre 1917, j’obtins une permission de deux semaines de la Brigade des Mines de la flotte de la mer Noire. Ayant reçu de l’intendant du torpilleur où je servais une avance sur ma solde du mois de novembre, je pris presque toutes mes affaires dans deux valises et, avec l’aide de mon ordonnance‑matelot, je les chargeai sur une voiture de louage pour me rendre à la gare.

L’atmosphère à Sébastopol était très sombre, la ville semblait comme figée. Quelques jours avant mon départ, le mitchman Krauze2— mon camarade de promotion — avait été assassiné à la Brigade des Mines. Dans les rues erraient des bandes de matelots baltes armés, des meurtriers issus des compagnies disciplinaires.

Je devais passer deux contrôles : obtenir l’autorisation d’acheter un billet, puis un laissez‑passer pour franchir librement l’isthme étroit de Perekop. J’y parvins : le représentant du Tsentroflot était un sympathique matelot rengagé, barbu, qui apposa sans hésiter le tampon autorisant la délivrance du billet. Dans le train, je rencontrai un officier que je connaissais, qui se rendait à Moscou avec une « commission d’instruction » pour y acheter des livres destinés à une bibliothèque. Il m’invita dans son compartiment où se trouvaient déjà plusieurs matelots ; lorsque le contrôle arriva, ils déclarèrent que je voyageais avec eux. Je décidai néanmoins de les quitter dès que possible. En effet, tous les officiers de la flotte étaient considérés comme des détenus : nos armes avaient été confisquées à la fin de l’été, après quoi l’amiral Koltchak était parti, semble‑t‑il, pour Petrograd et n’était jamais revenu.

Les officiers étaient privés de liberté de mouvement, surveillés, et la situation géographique de la péninsule de Tauride rendait toute disparition très difficile. Je ne souhaitais donc pas rester en compagnie de matelots. À la station de Sinelnikovo (ou Sinelniky), ils allèrent tous au buffet ; je pris mes valises, les déposai à la consigne de la gare, puis errai aux alentours jusqu’au départ du train. Le matin, un train venant d’Ekaterinoslav et allant à Rostov‑sur‑le‑Don arriva, et je partis avec lui vers le Don.

Je descendis à l’hôtel « Moscou » et commençai aussitôt à chercher les proches de l’enseigne de vaisseau Krassovski3, qui vivaient à Rostov. Je les trouvai rapidement, et lorsqu’ils furent convaincus que j’étais son ami, ils m’apprirent qu’ils l’attendaient ce même jour. Il servait dans la flottille du Danube, avait lui aussi obtenu une permission, était arrivé sans difficulté à Rostov, et nous nous retrouvâmes bientôt.

Au début de novembre, alors que je prenais mon petit‑déjeuner au café « La Tasse de thé », j’entendis les cris des vendeurs de journaux : « Extra ! La nuit de la Saint‑Barthélemy à Sébastopol ! Extra ! ». Ayant acheté un journal, j’appris la triste nouvelle : dans la liste des fusillés, je trouvai de nombreux amis officiers.

Krassovski avait eu le temps de se rendre à Novocherkassk et avait appris que le général Alekseïev et le général Kornilov formaient l’Armée blanche. À la fin octobre, les rouges avaient tenté de prendre le pouvoir à Rostov, mais ils avaient été dispersés par les officiers locaux, les cosaques, les junkers et les cadets du corps de Novocherkassk ; la base de l’armée était donc déjà posée.

Sur l’avenue de Taganrog se trouvait l’état‑major provisoire de l’armée, où Krassovski et moi nous enrôlâmes. On nous dirigea vers le « Kolkhida », un grand yacht du grand‑duc, luxueusement aménagé, où commençait à se former une Section marine sous le commandement du capitaine de frégate V. Potemkine4.

Capitaine de vaisseau Potemkine.

Il était arrivé à Rostov depuis Novocherkassk, accompagné de plusieurs officiers, parmi lesquels le lieutenant‑chef Vaksmut5, les lieutenants frères Ilvov6 7et d’autres.

Yacht Kolkhida

Ils expulsèrent le commandant du yacht, qui « flirtait » avec l’équipage, ainsi que l’équipage lui‑même.

En une semaine, nous étions une vingtaine d’officiers et de gardes‑marines, et ce nombre augmentait chaque semaine. Des volontaires commencèrent à affluer, et lorsque nous atteignîmes 35–40 hommes, nous commençâmes à assurer un service de garde dans le port et à la centrale électrique principale, que les rouges locaux tentaient de saboter.

En décembre, nous fûmes transférés dans le bâtiment de l’École de navigation, où nous reçûmes encore un renfort de « navigateurs » — élèves de l’école — et de lycéens. La Compagnie maritime comptait déjà environ 65 hommes. Nous portions l’uniforme terrestre ordinaire, avec des épaulettes de marine — dorées à liserés noirs — et le chevron tricolore des volontaires sur la manche, surmonté d’un petit pavillon de Saint‑André de 1½ × 2 pouces.

Au début de janvier, nous fûmes envoyés en poste à Bataïsk — une grande gare de marchandises — où se trouvait déjà un escadron de cavalerie (à pied) du colonel Chiriaïev8, environ 120 hommes. Vers la mi‑janvier, le soir, nos éclaireurs partirent en locomotive vers le petit arrêt de Kuchtchevka, à dix verstes au sud de Bataïsk, et furent pris sous le feu des rouges, qui se préparaient déjà à marcher sur Rostov. La locomotive revint rapidement, et des négociations télégraphiques commencèrent avec l’état‑major de Kornilov à Rostov. On nous ordonna de rester à Bataïsk. Vers minuit, la liaison télégraphique fut interrompue : les fils avaient été coupés.

Nos forces comptaient environ 200 hommes, 4–5 mitrailleuses, des fusils, des grenades à main et deux canons de trois pouces, encore posés sur des wagons‑plateformes, ce qui les empêchait de tirer : la recul les aurait fait tomber.

À l’aube, les lignes des rouges apparurent, et le combat inégal commença : l’ennemi nous surpassait en nombre de quinze à vingt fois.

Le colonel Chiriaïev envoya les deux canons avec des junkers vers le pont ferroviaire de Rostov, avant qu’il ne soit trop tard, car nous savions que nous serions encerclés. Notre situation était aggravée par le fait que la population de Bataïsk était composée en grande partie d’ouvriers du dépôt de locomotives et d’autres employés du chemin de fer, presque tous rouges, qui avaient tué deux soldats de l’escadron avant notre arrivée. Nous nous regroupâmes autour de la gare et à l’intérieur, mais nous subîmes déjà des pertes en nous y repliant.

En tout, plus de la moitié de notre détachement tomba là, et les salles de 1re et 3e classe étaient remplies de blessés étendus à même le sol. Une partie des mitrailleuses était placée aux fenêtres, deux autres sur le quai derrière des barricades faites de lourds chariots à bagages. Les tireurs étaient postés aux fenêtres. Un train blindé rouge, muni d’un canon, s’approcha deux fois de la gare et tira à la mitraille sur le bâtiment. C’est là que le capitaine de frégate V. Potemkine fut blessé : la mitraille lui creva l’œil droit et resta logée dans son cerveau.

Lorsque le train blindé approchait, nos mitrailleuses ouvraient un feu d’enfer, et il était contraint de reculer. Il réapparut une troisième fois, mais un incident remarquable se produisit : un obus tiré par leur canon toucha leur propre locomotive, et dans un nuage de vapeur, au milieu des cris de leurs blessés, le train recula péniblement et ne se montra plus. Apparemment, les artilleurs rouges avaient pris leur locomotive pour la nôtre — « les leurs ne reconnurent pas les leurs ».

Le soir venu, un sinistre silence s’installa.

Depuis le quai de la gare jusqu’à la stanitsa Olguinskaïa s’étendaient dix ou douze voies ferrées encombrées de trains de marchandises — circonstance qui nous permit de nous échapper durant la nuit. Selon le plan, nos éclaireurs neutralisèrent sans tirer les sentinelles rouges postées sur les voies, et nous, 45–50 hommes — les restes du détachement — emmenant 7–8 blessés sur civières, quittâmes silencieusement la gare en rampant sous les wagons. Il neigeait, une légère tempête commençait, effaçant nos traces. Avant d’atteindre Olguinskaïa, nous trouvâmes dans un grand hameau trois traîneaux avec leurs chevaux, sur lesquels nous installâmes les blessés. Nous arrivâmes rapidement à Olguinskaïa, y fîmes une halte d’une heure, puis nous dirigeâmes au matin vers le bac en face de la stanitsa Aksaïskaïa.

La tempête de neige s’intensifiait, et il était difficile de trouver la route. Cependant, une jeune institutrice cosaque du lieu, qui connaissait parfaitement la région pour avoir souvent voyagé entre la stanitsa et Rostov, décida de venir avec nous, nous guida jusqu’au bac et arriva avec nous à Rostov par le train.

Comme nous l’apprîmes plus tard, les blessés restés sur place furent tués, et la femme‑médecin qui était restée auprès d’eux par devoir fut atrocement violée et devint folle.

Ainsi, à Bataïsk, la Section Marine acheva son existence ; de retour à Rostov, ses survivants furent intégrés dans la 4e compagnie du régiment des Officiers (devenu plus tard le régiment Markov). Le commandant de la 4e compagnie était le rotmistr Doudarov (tué à l’été 1918), un officier très calme, courageux et excellent tireur.

Parmi les épisodes intéressants liés à la mémoire du général Kornilov9, je me souviens de sa manière de parcourir les chaînes de tirailleurs en première ligne et de ses paroles : « Couchez‑vous, couchez‑vous, ne vous exposez pas avant le moment nécessaire. » Les balles ne l’atteignaient pas.

Le général Kornilov
Général Markov

Je me souviens aussi du général Markov10, lorsqu’il s’avança sur un cheval blanc à la rencontre d’un train blindé rouge, au passage de la voie ferrée près de la station Medvedovskaïa, et qu’il commanda d’une voix forte :

— « Halte, canaille ! »

Au même instant, deux canons de trois pouces, placés à droite et à gauche de la voie, tirèrent presque à bout portant des grenades sur les cylindres et les roues de la locomotive. Ces deux pièces étaient peut‑être les dernières, car presque toute l’artillerie avait été détruite faute d’obus et, surtout, de chevaux.

Nous avions commencé à traverser la voie ferrée vers trois heures du matin, lorsque ce train blindé surgit pour nous couper la route. La locomotive, frappée par deux grenades, s’arrêta et, lâchant des nuées de vapeur, se mit à siffler comme un monstre agonisant.

Tout cela se passa le 7 avril (ancien style) 1918.

Le général Markov s’écarta, et le train blindé ouvrit un feu désordonné.

Les nôtres rampèrent sous les wagons et mirent le feu au train à l’aide d’étoupe et de kérosène trouvés dans une cabane. Le train fut incendié et son équipage anéanti.

C’était ce même train blindé qui nous avait bombardés à Kolonka, où nous avions subi de lourdes pertes, principalement dans le convoi des blessés installé sur la place. Notre artillerie se taisait, car presque toutes les pièces étaient hors d’usage et il n’y avait plus d’obus.

Pendant la destruction de ce train blindé, je fus blessé. Lorsque le jour se leva et que notre arrière‑garde traversait la voie, une jeune sœur de charité (une lycéenne de Rostov) me recueillit. Elle amena quelques volontaires et, après m’avoir retiré mon équipement et ma capote, découpa ma vareuse trop serrée avec des ciseaux, appliqua des tampons sur les blessures à la poitrine et au dos, puis me banda. Elle fit tout cela avec une rapidité étonnante. L’essentiel était qu’elle avait arrêté l’hémorragie.

On me plaça sur une charrette et, à notre arrivée dans la stanitsa Diadkovskaïa, on me mit parmi douze grands blessés dans une petite école du village. Le soir, on commença à nous administrer des doses renforcées de morphine, si bien qu’au matin du 9 avril, neuf d’entre nous ne se réveillèrent plus.

L’Armée partit vers quatre heures du matin, et nous restâmes.11

À l’aube, je repris un peu connaissance. Apparemment, c’est l’institutrice qui m’avait secoué, et je vis la scène suivante :

Les premiers rayons du soleil levant éclairaient la grande pièce où l’on nous avait installés à même le sol. Une jeune institutrice cosaque se tenait au milieu de la salle et pleurait. Le capitaine Marchenko, moi, et l’enseigne Chirikov la regardions sans rien comprendre. À travers ses larmes, elle nous expliqua ce qui s’était passé et, montrant les neuf autres, dit qu’ils ne se réveilleraient pas. Comme grands blessés, il avait été décidé de nous laisser là, après nous avoir endormis, pour que les Rouges ne nous torturent pas. Nous trois, elle pouvait nous sauver, car elle connaissait un vieux cosaque sûr, avec une charrette.

Elle partit puis revint rapidement, disant qu’il acceptait de nous emmener et de rattraper l’Armée. En effet, quelques minutes plus tard, le vieil homme arriva avec une vieille jument et une charrette. Chirikov refusa de partir, car sa jambe, dont l’os du tibia était brisé, lui causait une douleur atroce au moindre mouvement. L’institutrice nous tira dehors et, avec le vieux, nous installa sur la charrette, et nous partîmes.

Les Rouges commençaient à occuper la stanitsa par l’autre côté. Leurs éclaireurs à cheval étaient visibles de part et d’autre de la route, et s’ils avaient pris la peine de regarder ce que transportait notre cosaque, nous étions perdus.

En nous éloignant, il était émouvant de voir cette jeune cosaque nous souhaiter bonne route. Que lui est‑il arrivé, à cette héroïne inconnue !… Nous l’avions suppliée de quitter immédiatement la stanitsa…

Au bout de cinq ou six heures, nous rattrapâmes l’Armée à la stanitsa Uspenskaïa. On récompensa généreusement le vieux, d’autant plus que sa vieille jument était épuisée et qu’il ne voulait pas retourner à Diadkovskaïa.

C’est là, à Uspenskaïa, que nous apprîmes la nouvelle du soulèvement des cosaques du Don.

À la fin mai, tous les grands blessés furent embarqués sur des bateaux à roues, à faible tirant d’eau, à la station Manychskaïa, et, à notre arrivée à Novocherkassk, on nous plaça à l’hôpital où l’on pratiqua les opérations nécessaires. On amputa le bras droit de Marchenko, car la gangrène commençait, et j’eus une complication au poumon droit, dont la partie supérieure avait été perforée par la balle. Après ma sortie de l’hôpital et deux mois de convalescence, j’entrai dans l’artillerie lourde.

L’été 1918, je me promenais dans la rue Sadovaïa et vis venir à ma rencontre le mitchman Chirikov, avec la jambe droite amputée. Il ne me reconnut pas, bien sûr, car je portais un nouvel uniforme de marine, et lui-même était en état de choc nerveux après ce qu’il avait vécu. Il s’avéra que les Rouges l’avaient épargné, car le général Denikine avait laissé les blessés aux soins de plusieurs commissaires qu’il avait épargnés à condition qu’ils ne livrent pas les blessés à la vengeance.

V. Elmanovitch »

Commentaires de P. Loukine :

Le lieutenant de marine Mikhaïl Evguenievitch Envald combattit au sein de la Section Marine et fut tué le 12 février 1918 à la bataille de Bataïsk. Sa sœur, Militsa Evguenievna Envald (mariée Poliakova‑Baïdarova), devint plus tard la mère de la célèbre actrice française Marina Vlady. Ainsi, le lieutenant Envald était l’oncle maternel de Marina Vlady.

Il était le fils du général‑major russe Evgueni Vassilievitch Envald. Mikhaïl Evguenievitch avait terminé le Corps des Cadets de Marine en juillet 1914 et servait en 1917 en qualité de lieutenant de l’équipage de la flotte de la mer Noire. Après la révolution d’Octobre, il rejoignit le mouvement blanc en décembre 1917 et tomba au combat à l’âge d’environ 23–24 ans.

Le capitaine de frégate V. Potemkine, grièvement blessé, se cacha chez une étudiante, puis rejoignit l’Armée blanche.

Noms des officiers de marine et des gardes-marines, de la section Marine

  1. Capitaine de frégate V. N. Potemkine. Issu de la flotte de la Baltique. Blessé à l’œil à Bataïsk. Décédé à Paris en 1936 à la suite d’une opération infructueuse visant à retirer une balle de shrapnel située dans la région du centre visuel du cerveau.
  2. Lieutenant de vaisseau A. P. Vaksmout. Flotte de la Baltique. Grièvement blessé à Bataïsk. Vit en Australie.
  3. Lieutenant de vaisseau Bauïé. Flotte de la Baltique. Tué à Bataïsk.
  4. Lieutenant de vaisseau Potolov. Flotte de la Baltique. En 1922, servait auprès des Britanniques sur un croiseur chargé de la surveillance des côtes à Shanghai.
  5. Lieutenant de vaisseau Elatchitch. Flotte de la Baltique. Resté à Rostov.
  6. Lieutenant S. Ilvov. Flotte de la Baltique. Grièvement blessé près de Lejanka. Décédé à Shanghai.
  7. Lieutenant B. Ilvov. Flotte de la Baltique. Blessé au cours de la campagne, décédé à Shanghai dans les années 1940.
  8. Lieutenant Ostolopov. Flotte de la mer Noire. Sort ultérieur inconnu.
  9. Lieutenant Bassov. Flotte de la Baltique. Tué près de Lejanka.
  10. Lieutenant Envvald. Flotte de la mer Noire. Tué près de Bataïsk.
  11. Lieutenant Pozdeïev. Affecté à l’état-major du général Alekseïev.
  12. Lieutenant Adonidi. Tué à Bataïsk.
  13. Aspirant Melnikov. Flotte de la mer Noire. Tué près de Bataïsk.
  14. Mitchman Tikhomirov. Flotte de la mer Noire. Blessé près de Bataïsk.
  15. Mitchman Trégoubov. Flotte de la Caspienne. Décédé en Australie dans les années 1950.
  16. Mitchman V. Krassovski. Flotte de la mer Noire. Blessé à Bataïsk mais demeura dans les rangs. Vit en France.
  17. Mitchman Mouslikhine. Flotte de la mer Noire. Sort ultérieur inconnu.
  18. Mitchman Elmanovitch. Flotte de la mer Noire. Grièvement blessé près de Medvedskaïa. Vit en Amérique.
  19. Mitchman Leskovski. Tué lors de l’échec de l’insurrection de l’organisation des officiers à Rostov-sur-le-Don, à la veille du retour de l’Armée des volontaires sur le Don.
  20. Capitaine de l’armée Ioudénitch, formé à l’École de navigation de Rostov. Titulaire de l’ordre de Saint-Georges. Demanda à regagner Rostov depuis Bataïsk par voie terrestre ; les quatre hommes qui l’accompagnaient périrent.
  21. Garde-marine Shtromberg.
  22. Garde-marine Ivanov (13e). Blessé lors de la prise de Rostov en décembre 1917.
  23. Garde-marine Chtcherbakov. (Il y avait 2 gardes-marine Chtcherbakov l’un était comptable à Constantine, Algérie et l’autre à emigré en France)12
  24. Garde-marine Eïnem. Sort ultérieur inconnu.
  25. Cadet M. K. Veksler. Sort ultérieur inconnu.

Cette liste a été établie de mémoire. Les noms de nombreux tués ne figurent pas dans cette liste.

V. Elmanovitch.

  1. Elmanovitch Vladimir Sergueïevitch : a terminé les Cours particuliers des gardes‑marines (1917). Aspirant de la brigade de torpilleurs de la flotte de la mer Noire.
    Dans l’Armée volontaire à partir de novembre 1917, au sein de la Section Marine. Participe à la première campagne du Kouban nommée campagne« de glace » dans le régiment des officiers.
    Gravement blessé ; servit ensuite dans l’artillerie lourde, puis en juin 1918 dans la flottille du Don, ensuite au port militaire de Novorossiïsk. À partir du 22 janvier 1919, dans l’Armée du Don; à partir du 18 juillet 1919, sur le chasseur de sous-marins n° 3 de la flottille de la Caspienne.
    Lieutenant. Décédé le 17 mars 1967 à Pompano Beach (Floride). ↩︎
  2. Krauze Victor Edouardovitch : a terminé les Cours particuliers des gardes‑marines (1917), mitchman chef de quart du contre-torpilleur « Gadjibeï », fusillé par les bolcheviks au tertre de Malakhoff ↩︎
  3. Krassovski Vassili Ivanovitch : a terminé les Cours particuliers des gardes‑marines (1917). Mitchman de la flottille du Danube.
    Dans l’Armée des volontaires et les Forces armées du Sud de la Russie (VSUR) à partir de novembre 1917, dans la Section Marine. Participe à la première campagne du Kouban nommée campagne« de glace ». A servit ensuite dans la flottille du Don, comme commandant du canonnière Koubanets. En émigration en France. Décédé après 1962. ↩︎
  4. Potemkine Vladimir Nikolaïevitch (1885-1938), capitaine de vaisseau.
    Acheva le Corps des cadets de la Marine en 1904 et fut nommé aspirant à bord du contr-torpilleur Gromki, intégré à la 2e escadre du Pacifique de l’amiral Rojestvenski. Lors de la bataille de Tsushima, il prit le commandement du bâtiment gravement endommagé après que le commandant et tous les officiers eurent été tués. Grièvement blessé à la jambe, il se jeta à la mer lorsque le destroyer commença à sombrer. Recueilli par les Japonais, ceux-ci informèrent ensuite le commandement russe de la fin héroïque du Gromki ainsi que de la bravoure de l’aspirant Potemkine.
    Après son retour de captivité, le mitchman Potemkine fut décoré de l’« Arme d’or pour bravoure ». Pendant la Première Guerre mondiale, alors capitaine de frégate, V. N. Potemkine commanda le contre-torpilleur« Iskousny » dans la flotte de la Baltique.
    Au début de novembre 1917, il fut arrêté à Helsingfors (Helsinki) par les autorités bolcheviques, mais parvint à s’enfuir vers le sud.
    Du 3 au 17 janvier 1918, la Compagnie navale, intégrée au détachement de Taganrog du colonel Koutepov, défendit Taganrog et Rostov contre les forces de Sivers.
    Le 1er février 1918, lors de la défense de la gare de Bataïsk, placée sous le commandement général du général Markov, le capitaine Potemkine fut atteint d’une balle à l’arcade sourcilière et perdit un œil. Grièvement blessé, il ne put prendre part à la Première campagne du Kouban et dut se cacher à Rostov.
    Après le retour de l’Armée des volontaires de cette campagne, il participa avec le capitaine Kononov à la création et à l’armement des premiers trains blindés de volontaires. Durant l’été 1919, il commanda le train blindé Prince Pojarski et, combattant aux côtés de la division Drozdovski, prit Kharkov.
    En Crimée, lors des préparatifs du débarquement du général Oulagaï dans le Kouban, le capitaine Potemkine fut nommé chef de la division des canonnières navales de la mer d’Azov et promu capitaine de 1er rang.
    Lors de l’évacuation de l’Armée russe du général Wrangel hors de Crimée en novembre 1920, il fut nommé commandant du port et de tous les débarcadères de Kertch puis il seconda l’amiral Behrens lors de l’évacuation du port de Kertch.
    À Constantinople, à la fin de l’année 1920, il fut nommé commandant du transport militaire Yalta, avec lequel il rejoignit Gallipoli. Par la suite, sur ordre des autorités françaises, il fut envoyé à Marseille.
    Il mourut à Paris, à l’hôpital de la Pitié, le 18 novembre 1938, à la suite d’une opération chirurgicale. Il fut enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois. ↩︎
  5. Vaksmout Anatoli Petrovitch : né le 17 novembre 1889. Au service de la Marine depuis 1907. Il est diplômé du Corps des cadets de la Marine (1910), de l’École d’aviation des officiers de Sébastopol (1913) et de la classe des officiers navigateurs (1914). Il est promu lieutenant en 1914.
    Durant la Première Guerre mondiale, il participe aux opérations de guerre à bord du cuirassé Slava (1914-1915), puis du destroyer Grom (1915-1917). Lors de la bataille du golfe de Riga (opération de Moonsund), il refuse d’abandonner le Grom en train de sombrer et doit être évacué de force du destroyer.
    Après la révolution, il parvient à rejoindre l’Armée des volontaires le 1er janvier 1918. Au cours de la Première campagne de glace, il est grièvement blessé. Il commande ensuite la canonnière Koubanets au sein de la flottille du Don. Le 28 mars 1920, le général Wrangel le promeut capitaine de frégate pour distinction au service.
    Il combat sur la mer Caspienne et est interné par les Britanniques à Enzeli. Depuis le camp de détention de Bassorah, il est envoyé à Vladivostok en août 1921. En octobre 1921, il rejoint la flottille sibérienne en qualité de capitaine de pavillon auprès du contre-amiral Gueorgui Konstantinovitch Stark.
    Quelque temps plus tard, après l’évacuation de la flottille de Vladivostok, il s’établit à Shanghai, où il exerce la profession de pilote maritime. À l’approche de la prise de Shanghai par les communistes, il quitte la Chine en passant par les Philippines et émigre en Australie.
    Dans les années 1960, il préside la « Carré des officiers » (Kaïout-Kompania), association locale d’anciens officiers russes émigrés. Il est l’auteur des mémoires La fin de la flottille de la Caspienne et Les marins auprès de Kornilov.
    Il décède à Sydney le 25 novembre 1973.I ↩︎
  6. Ilvov Boris Yakovlevitch : a terminé le Corps des Cadets de la Marine en 1910. Lieutenant de la flotte de la Baltique.
    Dans l’Armée des volontaires à partir du 2 janvier 1918, dans la Section Marine (du 1ᵉʳ au 9 février 1918, commandant de cette même compagnie). Il participa à la Première campagne du Kouban (« campagne de Glace ») dans les rangs du régiment des officiers (régiment Markov).
    À partir de mai 1918, chef d’état‑major de la flottille du Don ; à partir de 1920, dans la flottille de Sibérie.
    Capitaine de frégate. En émigration en Chine. Décédé dans les années 1940, à Shanghaï. ↩︎
  7. Ilvov Sergueï Yakovlevitch : Date de naissance : 22 décembre 1889.
    A terminé le Corps des cadets de la Marine en 1911. Lieutenant de la flotte de la Baltique. Le 2 janvier 1918, il rejoignit avec son frère Boris les rangs de l’Armée des volontaires à Novotcherkassk. Il fut incorporé dans la Section marine. Il participa à la Première campagne du Kouban (« campagne de Glace ») dans les rangs du régiment des officiers (régiment Markov). Au cours des combats, il reçut une très grave blessure par balle traversante à la poitrine. En février 1918 (après sa blessure), il réussit à gagner Bakou. Durant l’été 1918, il fut au service des Anglais en Perse ; par la suite, il servit sur le croiseur auxiliaire (paquebot) Ventur au sein de la flottille de la Caspienne des Forces armées du Sud de la Russie (VSIuR). À partir de la fin de l’année 1919, il combattit dans les troupes blanches du front de l’Est au sein de la flottille sibérienne. En décembre 1919, il dirigea une unité d’instruction navale à Vladivostok, puis servit à l’École navale locale. En janvier 1920, il prit le commandement du croiseur auxiliaire Oriol (« Aigle »). Il obtint le grade de capitaine de 2e rang. Lors de l’évacuation de Vladivostok en janvier 1920, il quitta la Russie avec son bâtiment et demeura temporairement au Japon.
    À partir de 1922, il résida à Shanghai (Chine), où se trouvait également son frère Boris. Sergueï Iakovlevitch y servit sur une canonnière de la douane maritime locale. Plus tard, il s’installa en Europe. Il mourut et fut inhumé à Virgigny (Marne), en France. ↩︎
  8. Vassili Mikhaïlovitch Chiriaïev (1885 – après 1918) fut lieutenant-colonel du 18e régiment de dragons Severski, héros de la Première Guerre mondiale et participant au mouvement Blanc.
    Issu de la noblesse.
    Pendant la guerre russo-japonaise, il servit comme ouriadnik (sous-officier cosaque) au 2e régiment de cavalerie du Daghestan. Pour sa distinction au combat, il fut promu enseigne de réserve de la cavalerie de l’armée, nomination confirmée par l’Ordre suprême du 12 novembre 1906. Il fut ensuite transféré au 18e régiment de dragons Severski. En 1910, il sortit diplômé de l’École de cavalerie des junkers de Tver, avec le grade de cornette, et rejoignit le même régiment.
    À l’entrée de la Russie dans la Première Guerre mondiale, il servait dans les rangs des dragons Severski. Il fut promu lieutenant le 10 septembre 1914 « pour ancienneté de service ». Il reçut l’ordre de Saint-Georges de 4e classe.
    Promu capitaine d’état-major le 13 mai 1916, puis capitaine de cavalerie (rotmistr) le 20 mai de la même année, il fut élevé au grade de lieutenant-colonel en 1917 et nommé commandant du bataillon de la mort (qui s’est engagé à combattre jusqu’au bout) de la Division de cavalerie du Caucase.
    Au début de la guerre civile, il rejoignit l’Armée des volontaires à la tête de son unité. Jusqu’au 9 février 1918, son détachement combattit sur le front de Bataïsk. Il participa à la Première campagne du Kouban en qualité de commandant de la 4e compagnie du Régiment des officiers (futur régiment Markov) et fut promu colonel. Son destin ultérieur demeure inconnu. ↩︎
  9. Lavr Gueorguievitch Kornilov naquit le 18 (30) août 1870 dans la famille d’un khorounji (officier cosaque). Il sortit diplômé du Corps des cadets de Sibérie, de l’École d’artillerie Mikhaïlovski, puis de l’Académie Nicolas de l’État-Major général, dont il fut lauréat avec médaille d’or. En 1904-1905, il occupa les fonctions d’officier d’état-major et exerça de fait les responsabilités de chef d’état-major. Pour sa bravoure lors de la bataille de Moukden, il fut décoré et promu colonel.
    En 1915, au cours de la retraite des armées russes, alors que sa division subissait de lourdes pertes, Kornilov fut fait prisonnier. Il parvint toutefois à s’évader l’année suivante. Bien que beaucoup le tinssent pour responsable de la défaite de sa division, il fut décoré de l’ordre de Saint-Georges. À l’automne 1916, il reçut le commandement du 25e corps d’infanterie de la 8e armée du front du Sud-Ouest.
    Après la Révolution de Février, Kornilov accéda en l’espace de cinq mois au poste de commandant suprême des armées russes. Arrivé à la gare Aleksandrovski (aujourd’hui gare de Biélorussie à Moscou) pour participer à la Conférence d’État de Moscou, tenue du 12 au 15 août 1917, il fut acclamé avec enthousiasme et porté en triomphe par la foule après son accueil officiel.
    Par l’intermédiaire de Lvov et de Savinkov, il engagea des négociations avec Kerenski dans le but d’établir un pouvoir fort dans le pays. Kerenski considéra toutefois ses propositions comme un ultimatum. Il exigea alors que Kornilov quitte son poste de commandant suprême et se rende à Petrograd. Refusant d’obtempérer, Kornilov fut déclaré rebelle. Le 28 août, il exposa ses objectifs dans une déclaration radiodiffusée : convoquer une Assemblée constituante et poursuivre la guerre jusqu’à la victoire.
    L’insurrection du général Kornilov fut rapidement écrasée. Le 2 septembre 1917, il fut arrêté et emprisonné, mais recouvra la liberté dès le 19 novembre. Accompagné de ses fidèles partisans, il tenta de gagner le Don, mais après l’échec de cette tentative, il rejoignit Novocherkassk sous une fausse identité, muni de papiers d’emprunt.
    Par la suite, aux côtés d’Alexeïev et de Dénikine, Kornilov prit la tête de l’Armée des volontaires. Les relations entre Kornilov et Alexeïev demeurèrent cependant extrêmement tendues, au point que Dénikine dut souvent jouer le rôle de médiateur. Sous le commandement de Kornilov, au terme de combats particulièrement difficiles, l’Armée des volontaires parvint à percer jusqu’au Kouban, où ses chefs espéraient obtenir l’appui des cosaques.
    La vie du général Kornilov prit fin le 31 mars (13 avril) 1918. Lors de l’assaut contre Iekaterinodar, il fut tué par un unique obus qui atteignit le bâtiment servant de quartier général. Après sa mort, Dénikine prit la décision de battre en retraite. ↩︎
  10. Sergueï Léonidovitch Markov (7 [19] juillet 1878, gouvernement de Saint-Pétersbourg – 12 [25] juin 1918, gouvernement de Stavropol) fut un chef militaire russe, théoricien militaire et enseignant, lieutenant-général, ainsi qu’une personnalité politique (contre-révolutionnaire et monarchiste), comptant parmi les principaux dirigeants du mouvement blanc.
    Titulaire de l’ordre de Saint-Georges, il participa à la guerre russo-japonaise. Professeur militaire à l’Académie de l’État-Major général (1911-1914, puis 1916), il occupa durant la Première Guerre mondiale les fonctions de chef d’état-major de la 4e division de tirailleurs « de fer » (1914-1915), puis de commandant du 13e régiment de tirailleurs de cette même division (1915-1916). Il fut ensuite chef adjoint du département des opérations au quartier général du Commandement suprême, puis chef d’état-major des fronts occidental et sud-ouest (1917). Il fut promu lieutenant-général de l’État-Major général en 1917. Pour avoir soutenu le mouvement de Kornilov, il fut arrêté par le Gouvernement provisoire et participa à la détention des généraux à Berdytchev puis à Bykhov en 1917.
    Participant à la guerre civile russe (1918), il fit partie des « premiers volontaires » de la campagne du Kouban. Il fut l’un des chefs du mouvement blanc dans le sud de la Russie et l’un des organisateurs de l’Armée des volontaires. Son courage personnel et son remarquable talent tactique, démontrés lors des combats contre les « Rouges » dans le Kouban, lui valurent une grande renommée.
    Il trouva la mort au combat près du village de Chablievskaïa (ou Chablievka) le 12 (25) juin 1918, au début de la Seconde campagne du Kouban. Devenu une figure héroïque et presque légendaire au sein de l’Armée des volontaires, son nom fut donné au Régiment des officiers « Markov », puis à l’ensemble des unités dites « de couleur » regroupées sous l’appellation de markovtsy (les « Markoviens »). ↩︎
  11. Extrait des Mémoires sur la guerre civile d’ A. Souvorine
    « À Diadkovskaïa furent laissées 119 personnes, sous la responsabilité du médecin-chef V. Y. Ivanov, de la sœur supérieure de charité Z. F. Popova et de plusieurs autres sœurs de charité.
    Le premier jour, deux blessés furent tués à coups de crosse. Seize hommes succombèrent à leurs blessures. Cinquante-huit blessés furent transférés par le docteur Ivanov à Korenevskaïa. Les quarante-trois autres guérirent ; ils furent traduits en justice à Ekaterinodar et dans leurs stanitsas respectives pour activités contre-révolutionnaires, puis furent relâchés.
    Dans cette tâche, le docteur Ivanov reçut une aide considérable du docteur Bogouslavski, ancien commissaire du peuple de la stanitsa de Korenevskaïa, du docteur Meïérovitch, ainsi que de Balkevitch, avocat assermenté de la localité.
    À Diadkovskaïa, nous avions laissé en liberté un otage gracié, Limanovski, qui avait promis de défendre par tous les moyens la vie et les droits de nos blessés ; il tint honnêtement cette promesse. » ↩︎
  12. Note de P. Loukine ↩︎

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